Un écrivain français, Jean de la Fontaine, écrivait au 17 ème siècle, une fable qu’il avait intitulée : « la grenouille qui voulait être aussi grosse que le bœuf ». Tentative évidemment infructueuse qui s’est traduite par l’éclatement de la dite grenouille. L’idée du fabuliste étant qu’il ne faut pas vouloir forcer le destin et être ce que nous ne sommes pas.
Cette allégorie peut très bien s’appliquer au triste sort réservé à Yahoo, deuxième moteur de recherche de la planète, derrière Google, qui s’est cru plus grand, plus beau, plus attrayant, que ce qu’il était vraiment. Au point de laisser passer la « chance de sa vie » en refusant l’offre de rachat de Microsoft, au début 2008, à plus de 44 milliards $.

Une histoire mouvementée

Il en est de Yahoo comme de beaucoup d’autres startups, montées trop vite et qui n’ont pas eu le temps d’apprécier et de consolider leur croissance. Menée, il est vrai, par des managers, ici les deux créateurs Jerry Yang et David Filo, qui ont complètement perdu le sens des réalités, les grenouilles de la fable.

Yahoo a été créé en 1994 et s’est rapidement introduit en bourse en 1996, avec une explosion de la valeur le premier jour, l’action se négociant en fin de journée à 43 $ pour un démarrage à 33 $. De quoi perdre, il est vrai , le sens des réalités, les dirigeants de  Yahoo prenant pour « argent » comptant ce qui n’était en fait qu’une réaction incontrôlée du marché, les investisseurs de l’époque, considérant que tout ce qui touchait de près ou de loin à Internet avait un avenir radieux devant lui.

L’action Yahoo a atteint ensuite sa valeur maximum en 2000, à 120 $, soit près de 3 fois la valeur  affichée en juillet 2016, au moment du rachat par Verizon.

Depuis ses débuts, Yahoo malgré les efforts de ses différents dirigeants Terry Semel, Scott Thompson, Carol Bartz et plus récemment Marissa Mayer, n’a jamais pu concrétiser les espoirs placés en elle, souffrant évidemment de l’ombre du géant Google, avec lequel Yahoo était constamment en opposition, après avoir été des partenaires.

Ce qui ne l’a pas empêché de faire quelques acquisitions de bonne tenue, en particulier celle du canadien Ludicorp Research & Development, en 2005, créateur du célèbre site Flickr de partage de photos sur Internet et ce pour un prix plus que raisonnable, estimé entre 40 et 50 millions $. Bien loin par conséquent des délires d’Instagram racheté 1 milliard $ par Facebook, ou pire encore WhatsApp, racheté par le même Facebook pour 19 milliards $.

3 échecs marquants

Pour comprendre comment Yahoo a pu en arriver à la situation d’aujourd’hui, il faut se rappeler ses 3 grands échecs d’extension, que l’on peut expliquer aujourd’hui à la fois par l’incompétence de certains de ses dirigeants et leur incompréhension du marché, mais aussi par un manque de chance évident. En particulier pour l’épisode Facebook.

D’abord vis-à-vis de Google.

Il faut se souvenir qu’en 2000, Yahoo était largement devant Google, au point qu’en 2002 Yahoo avait fait une offre de rachat de son concurrent, de 3 milliards $, rejetée par Google, qui au même moment lançait son offre Adwords, extraordinaire machine à revenus, qui l’a projeté très loin devant Yahoo. Ce dernier incapable de proposer l’équivalent et obligé de revoir ses fondations, puisqu’il ne lui était plus possible d’exploiter le moteur de recherche Google comme par le passé.

Premier échec.

Ce fut ensuite l’offre avortée de Yahoo à Facebook.

En 2006, Yahoo proposait à Marc Zuckerberg, d’intégrer sa compagnie pour 1 milliard $, Facebook qui n’avait à l’époque que 2 ans d’existence et n’ayant pas encore conscience de son potentiel. Offre acceptée par Zuckerberg, mais finalement rejetée à la suite de la publication des résultats financiers de Yahoo, jugés calamiteux par les analystes. Pas de chance ou concomitance malencontreuse des deux évènements, chacun pourra choisir…

Deuxième échec.

C’est enfin, entre 2006 et 2008 que Microsoft s’est rapproché de Yahoo, pour aboutir à une offre de 44,6 milliards $. Mais Jerry Yang, plutôt que de se précipiter vers une sollicitation plus que généreuse et que l’on a du mal à comprendre encore aujourd’hui, a préféré jouer la concurrence entre Google et Microsoft, pour faire monter les prix un peu plus (syndrome de la grenouille). Sauf que les motivations de Google et de Microsoft n’étaient pas les mêmes : détruire un concurrent potentiel pour Google et récupérer un marché estimé entre 500 millions et 1 milliard d’utilisateurs pour Microsoft. Une stratégie que l’hôte de Redmont appliquera d’ailleurs au moins 2 fois par la suite, avec les rachats de Skype et de LinkedIn.

Mais à force de trop demander, Yahoo n’a finalement rien obtenu et s’est retrouvé « fort démuni », pour reprendre les termes de Jean de la Fontaine, pour affronter les années 2010, qui allaient s’avérer des galères pour l’ex petite merveille de Santa Clara.

Troisième échec.

Au début 2016, les premières rumeurs de vente ont commencé à circuler, d’autant qu’un plan de restructuration de la Compagnie a été dévoilé, qui devait aboutir au départ de 1.500 employés, soit 15 % des effectifs de l’entreprise.

Rumeurs qui viennent donc de se concrétiser par l’offre de Verizon, pour 4,8 milliards $, soit près de 10 fois moins que ce que proposait Microsoft en 2008.

Triste réalité pour celui qui se croyait le maître du monde…