Sous ce titre, le californien Polycom, spécialiste des systèmes de vidéoconférence et donc partie prenante, vient de publier une étude « décoiffante » qui décrit les évolutions de nos modes de travail, dans les principaux pays industrialisés, avec des disparités étonnantes, qui témoignent de ce que ne sont pas nécessairement les pays les plus « avancés » qui font preuve de la plus grande imagination.

Si l’on en croit les auteurs de l’étude, les pratiques en matière d’organisation du travail changent fortement avec  le télétravail (« work at home »), le nomadisme et les connexions en totale ubiquité, le « coworking », qui consiste à regrouper ou mettre en contact plusieurs personnes, pour qu’ils collaborent, sans être pour autant de la même entreprise, voire le « corpoworking », qui en est au fond la transcription dans l’entreprise. Autant de néologismes qui souvent font peur, tant ils bousculent les habitudes, mais qui s’imposent peu à peu.

Des constats que l’on ne peut plus ignorer

Selon Polycom, 90 % des américains se disent prêts à travailler différemment, contre 72 % au Royaume Uni et 50 % à l’Australie. Chiffre à rapprocher des 35 % d’américains, qui accepteraient même une réduction de salaire, à condition de pouvoir travailler de manière plus flexible.

Parmi les employés interrogés, ce sont les suédois qui aujourd’hui sont les plus concernés par le fait de déjà travailler au moins une fois par semaine chez eux, contre 34 % aux allemands et 9,4 % aux américains. Ce dernier chiffre semblant démontrer une forte discordance entre ce que souhaitent les employés américains et la réalité de leur pays. D’après Polycom, la moyenne mondiale sur ce critère devrait être de 60 % en 2022.

La Chine et les Etats-Unis sont actuellement les pays qui encouragent le plus leurs dirigeants à travailler de n’importe où et avec n’importe quel équipement. Mais au moins aux USA, cette volonté ne se traduit pas encore concrètement dans les faits.

A noter que ce sont les britanniques qui ferment la marche avec seulement 13 % des entreprises ouvertes au travail délocalisé, soit 16 % en dessous de la moyenne mondiale. Il est vrai que dans ce pays, la tradition n’est pas un vain mot…

La contradiction des mégalopoles

D’ici 2022 du fait de la concentration des employés dans les mégalopoles de plus de 10 millions d’habitants (en 2050, 70 % de la population mondiale vivra dans les villes), les problèmes de circulation vont augmenter de façon significative, le temps perdu dans les embouteillages devant inciter les employés à trouver de nouvelles dispositions de travail.

Il pourrait y avoir une contradiction entre la concentration des habitants dans les grandes villes et le fait que les outils modernes de collaboration virtuels, leur permettent justement de s’installer à la campagne et de travailler en « regardant les vaches ». Mais cette contradiction n’est qu’apparente. Car l’exode vers les villes répond à l’espoir d’y trouver une meilleure qualité de vie et cet exode ne concerne pas nécessairement les grands pays industrialisés, mais surtout les pays en voie de développement comme le Brésil, le Mexique ou l’Inde. Dans les pays plus traditionnels, c’est souvent l’inverse qui se produit, avec un départ massif vers des sites plus conviviaux, à condition d’y trouver une infrastructure de communication suffisante.

Autonomie et flexibilité passent devant la rémunération

D’après Polycom, les prochaines générations seront plus concernées par leur autonomie de travail et leur flexibilité que par la rémunération. 90 % de la génération dite Y, étant dans cette disposition d’esprit. Ce qui rejoint notre prévision que les employés du futur seront « connectés » à plusieurs employeurs, grâce aux moyens de collaboration modernes dans une gouvernance qui sera fondée sur les travaux effectués et non plus sur le temps passé.

En termes de qualité de vie, 95 % de la génération Z, celle du millénaire, estiment qu’une saine répartition travail – vie familiale est un critère important, 69 % des employés estimant que la flexibilité du travail est essentielle pour réduire le stress professionnel. Tant il est vrai que quand vous êtes dans une « congestion » depuis 2 heures et que votre client vous attend depuis 1 heure, il y a de quoi « exploser un boulon »…

Des chiffres intéressants

La fin de l’étude est plus orientée vers le métier de Polycom, mais elle comporte cependant d’autres indications très utiles :

  • le coût du « turn over » des managers qui est estimé à 12.700 $, chiffre qui devrait monter à 18.600 $ à court terme
  • le fait que les 2/3 des dirigeants estiment que la flexibilité au travail a un impact financier plus important que les restrictions opérationnelles en ressources
  • que la compagnie Aetna, dont 47 % des employés travaillent à distance, a économisé près de 300.000 m² de bureaux et économisé ainsi, 78 millions $
  • et que dans le même esprit, British Telecom, qui emploie 70.000 travailleurs « flexibles » dans le monde, économise près d’1 milliard $ par an, grâce aux ressources matérielles non mobilisées et aux 60 % de gagnés sur l’absentéisme.

On peut ne pas être d’accord avec tous ces chiffres et constats et nous connaissons quelques organisations qui vont encore hurler à l’imposture, mais le fait est là. Le monde change et les travailleurs de demain ne seront pas les mêmes que ceux d’hier et d’aujourd’hui. Que cela leur plaise ou non.