Lors de sa WPC (Worldwide Partner Conference) de Toronto, Microsoft a fait l’annonce d’un nouveau moyen d’acquisition de Windows 10, fondé non plus sur une licence définitive, mais sur un abonnement mensuel.
Cette annonce ne concerne pour l’instant que Windows 10 Enterprise, qui serait facturé 7 $/mois et par utilisateur.

Un monde nouveau

Il ne faut pas s’y tromper, l’annonce est importante. Qui nous semble rejoindre celle qu’avait effectuée IBM en son temps, qui avait décidé de séparer la facturation locative de ses matériels mainframes, de celle des logiciels. A l’époque cette séparation avait fait grand bruit et surtout ouvert une période, qui perdure aujourd’hui, plus de 50 ans plus tard.

Mais qu’y a-t-il derrière cette annonce.

D’abord, elle ne concerne pour l’instant que la version professionnelle de Windows 10, qui coûte approximativement 200 $ à l’achat. Version qui sera sans doute agrémentée de quelques modules supplémentaires, pour la rendre plus attrayante, issus probablement d’Office 365.

Ensuite, ce n’est pas la première fois que Microsoft s’essaie à cette procédure. Déjà Azure et Office 365 peuvent être acquis de cette manière. Ce qui n’est d’ailleurs plus un fait isolé, mais bien une politique vers laquelle vont tendre TOUS les éditeurs (Oracle, Adobe, etc).

Car son intérêt est triple :

  • fidéliser une clientèle qui risque de s’échapper vers Linux (à cause des mobiles tablettes et smartphones), dans le cas de Microsoft
  • augmenter les revenus de manière significative, puisque 7 $/mois, cela représente 84 $ par an et qu’il ne faudra donc que 2,5 ans environ pour que la location représente le même montant qu’un achat licence. Sachant que les usagers ne changent pas d’OS tous les ans et qu’ils le garderont très longtemps, 10 ans, 20 ans…
  • Sur 10 ans, la location de Windows 10 représenterait 840 $, soit plus de 4 fois le montant d’une licence actuelle. Il y a de quoi être tenté.
  • Et surtout les usagers n’auront plus leur mot à dire sur les mises à jour, qui se feront au gré et selon la volonté du seul Microsoft. Comme c’est le cas aujourd’hui pour les possesseurs de Windows 10, à qui vient d’être imposé une mise à jour, sans qu’ils aient pu s’y opposer (on ne peut même plus le fermer, sans passer par cette procédure).
  • Et de se retrouver dans la peau de l’utilisateur d’un véhicule « acquis » en leasing, qui ne se considère pas véritablement comme son propriétaire et comprend que son loueur pourra le rappeler de temps en temps pour qu’il puisse bénéficier constamment d’un produit  « haut de gamme »…
De nouvelles pratiques

Depuis que Satya Nadella est au pouvoir chez Microsoft, le moins que l’on puisse dire est que les pratiques ont changées. Beaucoup plus agressives que par le passé, Microsoft cherchant à tout prix à imposer ses vues à des utilisateurs qui ne se révoltent même plus devant des méthodes que l’on ne saurait qualifier autrement qu’avec des « noms d’oiseaux ».

Microsoft est pourtant bien placé pour savoir que ce n’est pas sur des pratiques brutales qu’il a su pérenniser sa clientèle, mais avec le service et la qualité de ses produits. Qui sont incontestables.

Ce qui est important pour les clients professionnels d’aujourd’hui, car pour l’instant la location d’un Windows 10 « as a service » ne concerne qu’eux, c’est la stratégie et la collaboration harmonieuse de tous les produits Microsoft, depuis Active Directory, jusqu’à SQL Server 2016, en passant par Sharepoint et Office 365. Et un DSI détestera toujours d’être « pieds et mains liées » face à un éditeur, même si sur le fond, la location ne change pas grand-chose.

Car c’est dans la tête que ça se passe. Le fait de vous dire que vous allez débourser près de 1000 $ sur 10 ans pour un produit qui n’en vaut que 200, a de quoi vous agacer…

Mais ainsi va le monde, les clients ne sont plus des clients, mais des sources financières à qui il est inutile de demander leur avis.

Aussi posons-nous une question. Que se passerait-il si Microsoft avait un concurrent ? Si Linux venait, comme nous le pensons, à contester sa position dominante. Ce serait sans doute très différent et peut-être Microsoft n’a-t-il pas trouvé d’autre moyen que d’essayer de retarder l’échéance par ce système de location.

Système, qui a l’évidence, va s’étendre à tous les produits de la gamme, Office par exemple. Peut-être alors que les usagers commenceront à se dire que la ficelle est décidément un peu grosse.