Malgré les fortes réticences de nombreux politiques, qui considèrent qu’Internet ne doit pas être démocratisé et qu’il ne faut pas en confier la gouvernance à des « bureaucrates incompétents », il semble que le 1er octobre 2016 pourrait être une date qui marquera l’histoire du Net.
En effet, ce jour-là, la NTIA (National Telecommunications and Information Administration) a décidé que l’ICANN (Internet Corporation for Assigned Names and Numbers), n’assurerait plus le contrôle de la planète Internet, pour le moins dans le périmètre qui est le sien, celui de la gestion et de l l’attribution des noms de domaines.

La fin de ce monopole est très attendue, non seulement par les européens, chinois et autres japonais, mais aussi par les industriels américains, tels que Google, Facebook, Twitter, Yahoo, Amazon et de nombreux autres, qui estiment qu’il s’agit d’une réminiscence du passé, qui ne se justifie plus dans l’économie mondialisée de 2016 et qui ont d’ailleurs participé à l’élaboration du scénario de transition, pour aboutir comme le dit Ed Black, président et CEO de la « Computer and Communications Industry », l’un des participants au projet, à pérenniser un Internet ouvert et crédible pour les communautés étrangères.

Ce qui évitera aussi les éternelles hésitations de l’ICANN, mais aussi de l’IANA, quant à l’attribution de noms de domaines à certains pays, comme avec la Corée du Nord et son .KP. L’ICANN/IANA faisant parfois preuve d’obscurantisme en confondant les dirigeants d’un pays avec leurs citoyens.

Le sénateur Cruz n’est pas d’accord

Tout le monde n’est cependant pas d’accord avec cette décision, qui porte la marque du Président Obama, en particulier le sénateur Ted Cruz, ex candidat à l’investiture républicaine pour les élections américaines de novembre prochain, qui s’inquiète de ce que la démocratisation d’Internet pourrait devenir une arme entre les mains de quelques pays peu démocrates, comme la Russie, la Chine et l’Iran, qui pourraient exercer une censure efficace à l’encontre de leurs propres ressortissants (ce qu’ils pratiquent déjà…).

On entend un son de cloche à peu près identique chez un autre sénateur républicain de l’Utah, Orrin Hatch, pour qui la « transition est prématurée et doit être reportée », ce même sénateur ayant été à l’origine d’une résolution du Sénat, adoptée en février 2015, qui appelle le Gouvernement des Etats-Unis et l’ICANN à prendre toutes les mesures pour protéger l’organisation «  de toute influence indue ou de toute appropriation par des gouvernements, des organisations multilatérales ou intergouvernementales, ou des parties prenantes commerciales ou non commerciales ».

Certains conservateurs vont même plus loin, qui affirment que si la NTIA persiste dans son projet et passe à l’acte le 1er octobre, elle contreviendrait à l’amendement qui lui interdit d’utiliser les fonds qui lui sont attribués, pour faire avancer le processus de transition.

Bref, ce n’est pas gagné et tout est possible, dans un pays, qui considère majoritairement qu’Internet est sa propriété et qu’il est le seul à détenir la vérité en matière de démocratie.

Ce qui est sûr, c’est que la bataille fait rage, qui rejoint celle de la neutralité d’Internet où là encore le président Obama veut maintenir le « statu quo » de traitement égalitaire entre les fournisseurs de contenus sur Internet, alors que de nombreux industriels, font un forcing effréné pour stopper ce mécanisme, qui selon eux, pénalise les compagnies qui investissent dans les structures Internet.

Comme il semble que le 1er octobre se situe avant le 8 novembre, il est probable que la transition sera maintenue, à moins qu’un blocage judiciaire vienne enrayer la volonté des tenants d’une démocratisation de la gestion de la toile. Toutefois, après le 8 novembre, tout est possible, surtout si Donald Trump devient le 45 ème président des Etats-Unis.