Si vous fabriquez 2 photons « intriqués », autrement dit qui se comportent comme des siamois et que vous les éloignez l’un de l’autre, ils conservent leurs propriétés quantiques. Et si vous modifiez celles de l’un des photons, les modifications sont immédiatement ressenties par l’autre…

C’est en tout cas ce qu’ont tenté de démontrer les physiciens chinois, sous la direction du Pr Pan Jianwei de l’université de Hefei. L’idée étant que si cette propriété d’intrication était prouvée sur de longues distances, cela pourrait donner naissance à de nouveaux systèmes de communication, quasiment instantanés et surtout inviolables.

Pour y parvenir, le Pr Pan Jianwei a émis des paires de photons intriqués depuis un satellite en orbite, qui ont ensuite été séparés et récupérés par 2 stations au sol, distantes de 1 200 km, dans les montagnes du Tibet, la haute altitude ayant l’avantage de réduire l’intensité de l’air et donc sa capacité d’opposition au déplacement des photons.

Puis, les physiciens de l’une des stations ont modifié la polarisation de certains de ces photons, pour constater qu’à 1 200 km, les siamois en avaient fait de même dans plus d’un millier de cas, soit beaucoup plus que ce que pourrait expliquer le simple hasard.

C’est ce constat que relate le Pr Pan Jianwei dans une communication parue récemment dans la revue américaine Science.

Incroyable… mais vrai (peut-être)

En fait ce que vient de réaliser Pan Jianwei était déjà connu, sauf que l’on n’avait jamais réussi à provoquer cette téléportation quantique au-delà de 100 km. Avec 1 200 km, nos amis chinois pulvérisent le précédent record.

Mais faut-il vraiment s’enthousiasmer ?

Pas forcément. D’abord parce qu’on ne connaît pas le nombre de paires de photons intriqués et le constat de téléportation sur 1 000 photons, n’est peut-être pas significatif.

Pour être certain que la technologie a de l’avenir, il faudrait que « tous » les photons intriqués soient solidaires et ce, indépendamment des distances et des conditions climatiques et électromagnétiques des espaces qui les séparent.

Sinon on en restera à des probabilités et il faudra accompagner le phénomène par des codes détecteurs et correcteurs d’erreurs qui risquent d’en limiter l’intérêt.

Pan Jainwei est convaincu de tenir le « bon bout » et a déjà prédit qu’en 2030 nous disposerons de véritables réseaux quantiques fondés sur l’intrication des particules, qui ne seront d’ailleurs pas nécessairement des photons, mais aussi des électrons ou des particules de noyaux d’atomes, certaines persistantes (protons, neutrons), d’autres éphémères à vie courte.

D’autres physiciens lui ont emboîté le pas, dont Thomas Jennewein de l’université de Waterloo au Canada, pour qui cette préservation des états quantiques sur de longues distances est un « énorme accomplissement ».

Des équipes européennes et américaines proposent dans un domaine proche d’installer des instruments quantiques à bord de l’ISS, la station spatiale internationale, pour vérifier si les particules conservent ou non leurs propriétés quantiques quand elles changent de champ gravitationnel.

Le Professeur Zellinger, un physicien de l’Académie des Sciences de Vienne estime, quant à lui, que tout cela aboutira à la création d’un réseau de satellites, reliant entre eux des ordinateurs quantiques.

La supraconductivité et les chinois, déjà…

Sans nier le côté très étonnant de la prouesse chinoise, nous pensons qu’il faut raison garder et rester les pieds sur terre…c’est le cas de le dire.

Car déjà, par le passé, certaines inventions ont donné lieu à des commentaires dithyrambiques, qui n’ont pas été suivi des faits.

Rappelez-vous, la supraconductivité. Cette fabuleuse invention qui nous aurait permis de fabriquer des composants censés ne plus dégager de chaleur pendant que le courant passe, autrement dit quand les électrons et les trous se déplacent à travers les jonctions des semi-conducteurs.

Avec cependant un petit inconvénient, c’est qu’il fallait diminuer la température ambiante aux alentours du zéro absolu, soit à 0° Kelvin ou – 273 °C.

Autrement dit dédier une centrale nucléaire pour refroidir les circuits en question…

S nous nous souvenons de cet épisode, c’est qu’à l’époque, une équipe de physiciens chinois (déjà) avait réussi à concevoir un alliage de terres rares (Gallium, Gadolinium, etc), supraconducteurs à des températures raisonnables, à 100 °K, soit quand même – 173 °C.

L’annonce avait fait grand bruit et des milliers de physiciens avaient accouru à New York pour la présentation de l’alliage en question, une véritable pierre philosophale.

Sauf que depuis, le silence le plus « assourdissant » règne quant à cette découverte, qui s’est probablement perdue dans les oubliettes de la physique fondamentale.

En sera-t-il de même pour la téléportation quantique ?

Le rêve est peut-être trop beau pour être réalisable.

Mais n’est-il pas vrai aussi que l’on est toujours dépassé par nos rêves … et nos cauchemars.

On verra bien…