Microsoft avait racheté Skype en 2011 pour 8,4 milliards $. A l’époque nous avions estimé qu’il ne s’agissait pas d’un rachat « technique », car Skype, en tant que logiciel de vidéo et téléphonie, présentait un certain nombre de défauts, sur le plan sécurité par exemple. Mais que c’était le « rachat » de 600 millions d’utilisateurs à l’époque, comme il l’a fait plus récemment avec les utilisateurs de LinkedIn.
L’objectif de Microsoft n’est pas nécessairement d’être présent sur le marché avec un produit, mais d’être crédible et de se forger une réputation. Ce qui n’est pas forcément la même chose. Et le remplacement prochain de Skype dans Office 365 au profit de Teams en est une nouvelle illustration.

Le recadrage de Microsoft

Incontestablement Office 365 est une grande réussite. La suite collaborative de Microsoft a largement distancé G Suite de Google, au moins chez les grands comptes, l’option Cloud ayant donné raison à Satya Nadella et plus avant à Ray Ozzie, contre Steve Balmer et Bill Gates. Qui manifestement n’avaient pas bien compris le phénomène du Cloud.

Mais cette réussite ne se fait pas sans mouvements brusques et Microsoft se doit parfois de suivre le marché, quand il ne peut pas l’anticiper.

C’est ce qui se passe avec Teams, dont Microsoft a annoncé qu’il remplacerait Skype for Business au cœur d’Office 365.

Teams a été la réponse apportée au trublion Slack, venu de nulle part avec une solution de collaboration très orientée temps réel et de messageries synchrones, une version très allégée, concentrée sur l’essentiel.

Microsoft, un temps déstabilisé et surtout ne disposant pas de contre-feu, a mis au point Teams, une messagerie instantanée renforcée et environnée, qui devient donc le troisième outil de communication après Lync et Skype for Business, à être placé au cœur de l’architecture Office 365.

Teams permet de gérer des fils conversationnels « dans » lesquels, les clients vont pouvoir « clavarder » comme on dit au Québec (« chat »), partager des documents, recevoir des alertes, etc (l’équivalent des channels de Slack).

Et de ce point de vue, la capacité d’inviter des intervenants extérieurs à Teams est une excellente chose, si ce n’est que Microsoft a sur ce point encore du retard par rapport à Slack, puisque les invités doivent disposer d’un compte Cloud Azure. Slack ne présente pas les mêmes restrictions.

Avantage n°1 de Teams, son intégration dans Office 365

On peut comparer Teams avec Slack de deux manières : fonctionnellement, pour savoir s’il n’y a pas quelques items qui manqueraient de ci de là ou en tant qu’outil TI, à qui on demande de s’intégrer dans l’existant. C’est évidemment là que Teams va prendre l’avantage.

On peut par exemple accéder à des documents créés à partir d’Excel, Word, Powerpoint, PowerBI, One Note et les consulter à plusieurs. On peut aussi bénéficier d’Office Graph, qui est une sorte de classement automatique fondé sur l’historique de travail entre usagers. Office Graph qui va prendre de plus en plus d’importance.

Teams peut, bien entendu, s’adosser à Active Directory, l’annuaire « maison » et exploiter le service Cloud de stockage, OneDrive. Bref, il fait partie de la maison.

Mais il est un autre domaine, dans lequel Microsoft est loin, par contre, d’avoir partie gagnée, celui de l’intégration des applications. Slack affichait récemment près de 1 000 applications dans sa marketplace, alors que Microsoft ne peut tabler aujourd’hui que sur 150 applications Web, avec il est vrai quelques poids lourds comme Salesforce et 85 assistants, les « bots », dont Easybot et MailClark, un petit français.

A vrai dire, nous ne croyons pas que c’est sur le terrain des bots que la bataille Slack – Microsoft va s’engager, car tout le monde est à peu près d’accord pour estimer que pour la plupart ils ne servent à rien, si ce n’est à transformer les usagers en légumes.

La vraie bataille va s’engager autour des applications tierces, externes ou non à l’entreprise, qui seront intégrées grâce à une API que Microsoft met à la disposition des intégrateurs et qui seront accessibles via des onglets

Dans le monde Microsoft, Teams est désormais connecté aux autres modules d’Office 365 : Sharepoint Office, Active Directory, Yammer, etc, et devient le fil conducteur de nos activités. Les partisans de Slack n’ont cependant pas baissé la garde et ont mille arguments à opposer à la firme de Redmont. Ils bénéficient il est vrai d’une côte d’amour, peu commune dans ce milieu…
Ce que ça change pour les utilisateurs

Les usagers habitués à Skype et qui n’ont pas d’expérience de Teams risquent d’être quelque déstabilisés. Et nous en connaissons quelques-uns qui vont estimer que Microsoft se moque du monde, qui passe son temps à les obliger à changer d’habitudes.

Ceux qui connaissent Slack seront tout aussi dépaysés. Car Slack se caractérise par une interface réduite à sa plus simple expression, les « channels », alors que Teams est chargé de nombreux onglets, qui témoignent de son appartenance à Office 365.

Cela dit, pour l’avoir testé et retesté, Teams est effectivement un très bel outil qui justifie la bascule de Skype. On change d’époque et on a vraiment le sentiment que la communication temps réel est vraiment au cœur des activités professionnelles modernes.

En termes de tarifs, Office 365 Business qui inclut Teams est facturé 5 $/mois et par utilisateur. Avec 1 TB de stockage et Exchange. A peu près la même chose que Slack, qui est à 6,67 $/mois/utilisateur. On ne va pas chipoter.

Un conseil : il est temps de regarder comment fonctionne Teams, car un jour assez proche viendra où vous ne pourrez plus l’éviter… Quant à avoir les deux : Teams avec Office 365 plus Slack, l’option est à déconseiller… C’est « fromage ou dessert », pas les deux !