Le stockage des données est depuis 50 ans l’objet des recherches les plus « ébouriffantes » pour tenter de stocker un maximum d’informations dans le plus petit espace possible. On a vu un peu de tout, depuis les orthoferrites d’IBM, jusqu’à l’holographie optique, en passant par toutes sortes de découvertes, qui n’ont le plus souvent, jamais abouti. On se demande d’ailleurs à quoi sert cette recherche fondamentale, toujours pleine d’espoirs fabuleux, mais qui ne tient quasiment jamais ses promesses.

Il semble qu’IBM, fort de son bataillon de prix Nobel et d’une impressionnante force de frappe en matière de recherche, n’ait pas renoncé à poursuivre sa quête de ce Graal moderne de l’enregistrement. Il vient d’annoncer avoir réussi un nouveau tour de force, le stockage d’1 bit avec l’aide d’un seul atome.

Pas n’importe quel atome il est vrai, l’holmium, qui comme vous ne l’ignorez pas, est un lanthanide de numéro atomique 67, très proche donc de ces autres métaux que sont le gadolinium (64), justement utilisé pour les orthoferrites ou le terbium, l’europium, le cérium, etc. Si vous voulez les situer, vous ne pouvez pas vous tromper, ils sont regroupés sur la partie droite du fameux tableau de Mendeléiev, qui a dû hanter vos cours de physique et de chimie, comme il a hanté les nôtres…

IBM n’a pas dit comment il a réussi à stocker un bit dans cet atome d’holmium, tout au plus croit-on savoir qu’il l’aurait « enrobé » dans une enveloppe d’oxyde de magnésium. Ce qui a dû être moins évident qu’empaqueter ses « goods » au supermarché du coin.

L’exploit est d’autant plus étonnant qu’il faudrait normalement selon IBM, 100 000 atomes pour stocker un bit sur un disque magnétique. Pour y parvenir, IBM aurait exploité l’une de ses inventions « maison », le microscope à effet tunnel, qui a valu à ses inventeurs, Gert Binning et Heinrich Rohrer, deux « fellow » de Big Blue, le prix Nobel en 1981, en fait l’une des applications les plus spectaculaires de la mécanique quantique.

En réalité, ce qui aurait été intéressant de savoir, c’est comment IBM compte s’y prendre pour maintenir l’état du bit, au-delà de la durée de l’expérience. Car sinon, le procédé n’aurait aucun intérêt pratique.

IBM s’est contenté de préciser qu’il a refroidi l’environnement de l’expérience à la température de l’hélium liquide, de manière à maintenir suffisamment longtemps l’orientation magnétique produite et qu’il a créé le vide le plus absolu, pour éviter les interférences de l’holmium avec d’autres atomes, qui pourraient perturber le processus d’enregistrement, lecture et écriture.

L’ennui, comme pour la supraconductivité, c’est que s’il faut une « usine à gaz » pour stocker 1 bit, ça risque de faire cher l’octet…

IBM nous a quand même affirmé avoir réussi à combiner 2 atomes, pour inscrire les suites « 0,0 », « 0,1 », « 1,0 » et « 1,1 ». On sent que ça progresse…

L’étape d’après

Nous pensons, avec tout le respect que nous avons pour les chercheurs d’IBM, qu’il y a beaucoup de marketing dans cette annonce. Comme tout milieu scientifique de recherche, IBM se doit de montrer (et de publier) qu’il avance et somme toute de justifier les énormes investissements dont il a besoin.

Il continuera donc de nous informer et de lever quelques voiles sur ses laboratoires ultra-secrets où se concocte notre informatique de demain.

La recherche fondamentale ne s’arrêtera évidemment pas là, la seule question étant de savoir si elle saura se concrétiser par des applications concrètes et industriellement viables.

Nous nous attendons d’ailleurs à ce que la barrière de l’atome puisse être franchie un jour et qu’IBM nous annonce qu’il a réussi à stocker 1 bit dans une particule non élémentaire « méson », un « pion » par exemple, qui en est l’une des formes. Mais là, ce sera encore plus difficile de maintenir l’état du magnétisme, car la particule peut n’exister que quelques millionièmes de milliardièmes de seconde. Il faudra donc se dépêcher pour écrire et lire l’information…

Bravo toutefois à IBM qui a toujours eu la bonne idée de communiquer sur ses domaines de recherche et a su nous faire rêver. Avec son stockage à 1 bit, il nous dit que nous pourrions stocker les 35 millions de chansons d’une discothèque iTunes dans une simple carte au format bancaire.

On ne voit pas très bien l’intérêt de l’image, mais pourquoi pas…