On pouvait se demander si Elon Musk et son réseau satellitaire « low cost » SpaceX allait atteindre la phase industrielle et dépasser le stade de « bonne idée », les mauvaises langues parlant même de « tigre de papier ». Il faut dire que les récents déboires du patron de Tesla inquiètent les investisseurs, Elon Musk, c’est le moins que l’on puisse dire, n’ayant pas donné de lui l’image d’un dirigeant aux ambitions planétaires.

 

L’avenir se dégage

Rappelons ce que recouvre SpaceX. Il s’agit d’un réseau satellitaire « low cost », les fusées de lancement étant récupérables, Musk voulant ramener le coût de lancement d’un satellite à 500 000 $ environ, là où la précédente génération de satellites se situait plutôt entre 100 et 500 millions $. Le secret étant d’une part la récupération voulue des lanceurs et on se souvient de la scène où la fusée de lancement revenait se poser sur une minuscule barge en mer, mais surtout l’altitude, puisque les satellites SpaceX seront positionnés à 1 200 km. Comme d’ailleurs ceux de son principal concurrent, OneWeb de l’incontournable Branson (créateur de Virgin). C’est-à-dire en gros entre l’atmosphère terrestre et la ceinture de Van Allen.

Avec une altitude réduite, là où les satellites de géolocalisation se situent à 26 000 km environ et les satellites géostationnaires à 36 000 km, les lanceurs n’auront pas besoin d’être des monstres de puissance, de la même manière qu’il n’est pas nécessaire d’avoir de gros muscles pour lancer un caillou à 2 mètres de hauteur.

Le problème, car il y en a un, c’est qu’à cette altitude, le satellite ne « voit » qu’une portion très réduite de la planète et qu’avec la rotation de la terre, les usagers des services devront passer d’un satellite à l’autre tous les ¼ d’heure à 1 heure environ, heureusement de manière transparente pour eux, de manière à « conserver le contact ».

Et que si Musk veut fournir un service de bout en bout sur toutes les zones blanches de la planète, ce qui est son ambition, il lui faudra disposer de plus de 4 000 satellites, en permanence dans l’espace.

Imaginez les problèmes de logistique que cette armada va poser, de maintenance pour réparer ou détruire les satellites endommagés ou en fin de vie, des problèmes qui ne sont déjà pas simples avec une « écurie » de quelques satellites en très haute altitude et qui seront multipliés à l’infini avec la configuration de SpaceX.

Compte tenu de ces remarques, il était donc normal que les observateurs se posent quelques questions et parmi eux les futurs investisseurs, car Elon Musk n’a jamais eu l’intention de se lancer seul dans l’aventure.

L’autorisation de la FCC

Manifestement, ce n’est pas le raisonnement qu’a fait la FCC, l’organisme américain de régulation des télécommunications, puisque celui-ci a autorisé SpaceX à commencer ses lancements dès le début 2019, pour déployer 4 425 satellites en 6 ans et fournir ses premiers services aux usagers, dans le cadre de l’offre Starlink.

Ce qui n’est pas sans susciter de nombreux remous.

Il y a d’abord les concurrents, qui tels ViaSat, Telesat et surtout OneWeb considèrent que Musk a droit à un traitement de faveur et que SpaceX vient leur faire concurrence dans leur pré carré, arguant du fait qu’avec l’accumulation de satellites, il y a un risque d’interférences, qui ne pourra que nuire à la qualité du service fourni.

A priori, pourquoi pas, sauf que ce risque ne tient pas devant l’analyse des chiffres.

Un simple petit calcul devrait suffire à vous convaincre.

Ce qu’il faut calculer, c’est la densité de satellites à 1 200 km sur toute la surface de la terre.

Personne n’a oublié la formule de cette surface : 4πr2 ou r est le rayon de la terre, soit 6 360 km environ, augmenté de l’altitude des satellites de Musk, soit 7 560 km environ. Ce qui va nous donner 718 214 299 km2 de surface à 1 200 km d’altitude. Soit encore 169 992 km2 pour chaque satellite Starlink, très proche donc de la surface d’un pays comme le Royaume Uni à 243 610 km2.

En d’autres termes, il n’y aurait qu’un seul satellite pour toute la surface du Royaume Uni, ce qui limite, reconnaissez-le, les risques d’interférences, même si Musk doit coexister avec ses concurrents.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La FCC joue un rôle central dans les négociations avec SpaceX d’Elon Musk. Pour l’instant l’organisme gouvernemental maintient sa feuille de route et exige de SpaceX qu’il lance ses 4 225 satellites en 6 ans, soit 60 par mois. Ce que SpaceX ne pourra pas assurer. Et il est probable que les deux parties se mettront d’accord sur la moitié des lancements, qui devraient être suffisants pour permettre au service Starlink de démarrer dans de bonnes conditions.

Une pluie de débris

L’autre argument avancé par les détracteurs de Starlink SpaceX, est lié au fait qu’avec un tel amoncellement de quincaille au-dessus de nos têtes, nous aurions intérêt à ne pas nous séparer de notre « parapluie anti-débris », pour ne pas être pulvérisés.

Là encore, l’argument ne résiste pas à l’analyse.

Il y a tout d’abord les contraintes de la FCC, celle-ci exigeant de SpaceX qu’il respecte un niveau de fiabilité pour ses satellites, supérieur à ceux imposés à la NASA, qui est de 90 % environ.

On ne sait pas pour l’instant, comment Musk va s’y prendre pour respecter cette épée de Damoclès, mais ce qui est sûr, c’est qu’il ne pourra pas s’y soustraire.

Mais admettons que Musk le magicien y parvienne.

Les détracteurs affirment qu’il y aurait alors un risque de collision entre les satellites et surtout un risque fort de retombée sur terre, des débris occasionnés par ces collisions et la destruction volontaire des satellites.

Il faudrait quand même rester sérieux.

Car il ne faut jamais oublier que la terre est entourée de cinq couches jusqu’à 100 km environ, la troposhère, la stratosphère (avec la fameuse couche d’Ozone), la mésosphère, la thermosphère et l’ionosphère. Certes, plus on monte en altitude, plus la densité de ces couches diminue.  Mais ce qui est certain, c’est que nous sommes protégés par une sorte de bouclier, qui détruit quasiment en totalité, par frottement, la multitude d’objets attirés par la planète. Phénomène bien connu illustré par le bouclier thermique des navettes spatiales, sans lesquelles les astronautes, toute nationalité confondue (!!!) seraient grillés vifs avant de revenir « à la maison ».

Il en sera exactement de même pour les débris des satellites qui seront pulvérisés et dont il ne subsistera qu’une proportion infinitésimale, susceptible de revenir sur terre, réduite à quelques centimètres.

Et on ne voit pas pourquoi, les fameux débris en question devraient poser plus de problèmes que les 84 000 météorites qui chaque année, franchissent le cap des cinq couches atmosphériques et arrivent sur la planète bleue.

Il arrivera peut-être qu’un boulon, un écrou ou un bout d’antenne, contre toute attente et logique, atterrisse dans notre jardin, mais ce n’est pas pour autant qu’il faille condamner l’initiative d’Elon Musk, plus que celle de Bronson, qui il est vrai devrait se « contenter » de 768 satellites. Un petit joueur…

Tenir la cadence

Là où semble-t-il, Elon Musk aura plus de difficultés, ce sera de tenir la cadence des lancements pour lui permettre de démarrer son service Starlink dans de bonnes conditions, sachant que la FCC tient à ce qu’il ait lancé ses 4 225 satellites dans les six années à venir. Selon la compagnie, il n’aurait pourtant besoin que de lancer 50 % de ses satellites, pour disposer d’une couverture suffisante le 29 mars 2024, la « dead line » du projet. Et Musk est déjà pessimiste quant à sa capacité de faire mieux. En tout cas de lancer 60 satellites par mois, ce qui serait nécessaire pour respecter les contraintes de la FCC.

La FCC et SpaceX ne sont donc pas sur la même longueur d’onde, ce qui en télécommunications est quand même très gênant… Pour l’instant, la FCC maintient ses exigences, mais n’est pas hostile à ce que SpaceX propose un autre échéancier.

Tout cela se terminera évidemment par un accord à l’amiable, car les investissements prévus par la compagnie se situent au-delà des 10 milliards $ et il n’est pas question de les effacer d’un simple trait de plume.

D’autant que l’on sait très bien qu’en final, compte tenu des énormes problèmes de logistique auxquels SpaceX va devoir faire face, que la facture sera probablement plus près des 20 milliards $ que de ce qui est envisagé aujourd’hui.

A suivre, donc, avec beaucoup d’intérêt.