On pourrait penser que SAP, symbole des ERP mainframes, aurait du mal à se frayer un chemin dans le monde du Cloud et des technologies innovantes. L’éditeur allemand n’étant pas réputé pour ses initiatives dans ce domaine, autres que celles d’une tarification de la maintenance hors du temps…

Il semble qu’il faille réviser ce jugement, car la Compagnie a décidé de se lancer sur le créneau encore très mouvant de l’Internet des Objets, non pas comme il faisait auparavant par développement interne, mais en rachetant des savoir-faire disponibles sur le marché, processus qu’il avait initialisé il y a quelques années, dans le monde de l’analytique, avec le rachat de Business Object. Et quand on y regarde bien, cette stratégie semble tout à fait cohérente.

Une compétence à acquérir

SAP a compris que les ERP et les systèmes de CRM de demain, ne pourront pas ignorer plus longtemps l’apport que représenteront les multiples objets disséminés chez les clients et les fournisseurs, accessibles par des réseaux tels qu’Internet (mais pas uniquement).

Ces objets apporteront des informations contextuelles de tous ordres, qui pourront conforter les informations clients dans un contexte de CRM, mais aussi de Ressources Humaines, voire pourquoi pas dans le domaine de la production, l’un des piliers historiques de l’ERP.

SAP a prévu d’investir 2 milliards $ en 5 ans et a commencé par racheter la compagnie Plat.One qui a développé une plate-forme qui permet à des objets « intelligents » de communiquer avec d’autres, en liaison avec une base de données centrale. Plat.One, qui est d’origine italienne, mais maintenant installé à Palo Alto, prétend gérer 200 000 objets de 25 clients différents, dont 3 très gros : BT, T-Systems et Telecom Italia, l’opérateur historique italien.

Pour améliorer son efficacité, SAP a prévu de « connecter » Plat.One à son outil de BI HANA sur le Cloud en mode In-Memory, l’une des grosses qualités de Plat étant de s’accommoder à des connexions intermittentes sur le Cloud.

Ce rachat fait suite à une autre acquisition, qui date de juin dernier, celle du norvégien Fedem Technology, qui s’est fait une spécialité de la modélisation de structures soumises à une forte sollicitation, Fedem mappant des données réelles issues de capteurs sur ces modèles, de manière à anticiper des comportements ou des dégradations, sans qu’il soit nécessaire de se déplacer sur site.

On voit bien ce que vient faire cette compagnie norvégienne dans le portefeuille de SAP, qui est plutôt orientée vers l’industrie lourde, l’industrie pétrolière par exemple, SAP cherchant à se trouver une légitimité nouvelle dans le monde de l’industrie, en témoignent les laboratoires qu’il a décidé de créer dans ce domaine à Berlin, Johannesburg, Munich, Palo Alto, Shanghai et Sao Leopoldo (Brésil).

La naissance d’un courant

L’initiative de SAP ne sera pas sans lendemain. D’ores et déjà, HP l’a suivi, qui a choisi de vendre la solution Predix de GE, qui sera installée sur une infrastructure HPE, mais aussi Microsoft, qui a mis le même outil Predix à la disposition de ses clients Azure.

En fait le trio magique semble bien devoir être Cloud + Production + IoT, un marché qui va nécessairement exploser dans les années à venir et une opportunité pour SAP qui y trouvera là des possibilités qu’ils avaient perdues sur le marché traditionnel de l’ERP et du CRM.