Le comité JPEG vient de se réunir à Bruxelles, pour débattre de l’idée d’ajouter des DRM : Digital Rights Management, aux images codées avec l’algorithme JPEG, qui est très largement le plus utilisé dans le monde.

Le constat que fait le comité est que la plupart des images sont exploitées sans que soient respectés les copyrights associés, ce qui lèse les banques d’images que l’on trouve sur Internet et autres professionnels.

L’idée des « sages » du comité est d’ajouter un filigrane aux images, une sorte de verrou, qu’il faudrait débloquer avant d’accéder aux images protégées.

Sur le principe, il s’agirait d’une extension à la norme actuelle JPEG 2000, qui comporte déjà une telle disposition, destinée aux images médicales et que le comité voudrait étendre à l’ensemble des images visibles sur la toile.

Comme il n’est pas possible de changer le format lui-même, car il y a des milliards de fichiers encodés de cette manière sur la planète, qu’il est impensable de revoir, car cela provoquerait un séisme gigantesque, la seule méthode serait selon le comité de mettre ce verrou dans un serveur, auquel il faudrait se connecter. Qui agirait comme une sorte de gestionnaire de droits.

Et ce serait dans ce verrou que seraient enregistrées les droits associés aux images, les conditions d’usage et si oui pour quels types d’utilsiation. De sorte que l’on pourrait par exemple afficher une image très dégradée en très basse définition, mais qu’il faudrait payer pour l’avoir en haute définition et avoir le droit d’agir dessus.

L’EFF est farouchement opposé à ce système

L’EFF : Electronic Frontier Foundation, est résolument contre. Ce qui n’a rien d’étonnant, car l’EFF se bat depuis plus de 10 ans, pour maintenir la liberté d’expression sur Internet. Et c’est d’ailleurs, l’un de ses fondateurs, John Perry Barlow, qui a publié la désormais fameuse « Déclaration d’Indépendance du cyberespace ».

Cet organisme, qui était présent à Bruxelles sur les lieux de la convention JPEG, considère que la solution préconisée est beaucoup trop lourde à mettre en œuvre, nuirait gravement à l’usage d’Internet et serait, de toute façon, très facile à contourner.

Il préconise au contraire d’utiliser les solutions qui existent déjà, telles que la signature électronique de l’image (chiffrement par la clé privée du certificateur du hash de l’image), le chiffrement d’un fichier de métadonnées, attaché à l’image et pas localisé sur un serveur, voire la stéganographie qui consiste à cacher dans l’image elle-même, une signature, un autre fichier ou l’identité du propriétaire, avec sa localisation géographique et d’autres informations utiles. Contenu caché, qu’il sera facile de dévoiler après authentification (une phrase qui servirait de mot de passe par exemple), devant un tribunal, si nécessaire.

On voit bien que 2 logiques s’affrontent. D’un côté les ayants-droits qui ne veulent plus être pillés et de l’autre les partisans de la liberté d’expression, qui estiment que toute contrainte inconsidérée est une atteinte à ce droit.

On ne saurait manquer d’ailleurs de rapprocher ce « combat » de l’EFF de celui portant sur la neutralité du Net, qui là encore cherche à protéger les fournisseurs de contenus, même s’ils n’ont pas les moyens de payer une « redevance » aux ISP, pour être traités avec «bienveillance ».

Les deux chantiers procèdent de la même crainte, voir l’argent dominer le monde Internet.

Pour ce qui est du comité JPEG, celui-ci va se réunir de nouveau en février prochain, à San Diego, cette fois.

Nul doute, qu’après confrontation des points de vue, il en ressortira une préconisation.

Qui devra ensuite être implémentée dans tous les logiciels qui, à un moment donné, accèdent à une image portée par Internet, à commencer par les browsers.

Imaginez le chantier !!!

Cela dit, sur le long terme, il n’y a aucune illusion à se faire. L’argent finira par s’imposer, que ce soit pour la neutralité chère à Barak Obama ou pour l’accès libre aux images du Net.

En attendant, le mieux pour les développeurs et designers, serait encore de respecter au mieux les droits aux images qu’ils utilisent et d’acheter les fonds dont ils ont besoin. Le problème est qu’on ne sait pas toujours où il faut chercher pour trouver les informations nécessaires et qu’il sera de toute façon très difficile d’empêcher quelqu’un de faire une copie d’écran avec une image protégée, puis de la retravailler sous Photoshop pour en faire quelque chose de nouveau, dont il sera bien difficile de tracer la filiation. Il suffira de n’en prendre qu’une partie.