Le projet Loon de Google consiste à couvrir la planète de ballons placés à une vingtaine de km au-dessus de nos têtes, censés servir de points de connexion pour des centaines de millions d’utilisateurs, qui n’auraient pas la « chance » de se connecter à Internet.
Malheureusement, pour des questions de brevets, Google risque de devoir reconsidérer sa stratégie, en supposant qu’il y en ait eu une.

L’affaire fait grand bruit aux Etats-Unis, car pour la première fois dans son histoire Google est « envoyé » dans les cordes, au sujet d’un brevet, l’un de ses 36 000 quand même, relatif au positionnement des ballons dans l’atmosphère.

En 2008, Google avait tenté de racheter une petite compagnie américaine, Space Data, qui avait justement déposé 2 brevets en ce sens, opération qui finalement ne s’était pas faite, Space Data continuant ses activités comme auparavant et sans le soutien de Google.

Le problème est que parmi les brevets qu’a déposés le géant de Mountain View, l’un d’eux traite exactement le même aspect technique que ceux de Space Data. L’un déposé en 1999 qui décrit les modes de connexion entre les ballons et l’autre en 2001, donc 12 ans avant le lancement de Loon, qui concernait les modes de récupération des dits ballons.

C’est en tout cas ce qu’a conclu l’ « US Patent and Trademark Office », qui a donc annulé le brevet déposé par Google.

De sorte que celui-ci ne peut plus utiliser la technologie de positionnement dynamique de ses ballons, ce qui met le projet par terre. Au moins pour quelques années.

Un procès est prévu entre les 2 parties en 2019, mais d’ici là Space Data pourrait bénéficier d’une injonction préliminaire, une sorte de pré-jugement (qui n’engage cependant pas la décision finale), ce qui interdirait à Google de persévérer dans cette voie.

Il est probable que la petite guerre que se livrent Google et Space Data va se traduire par un accord à l’amiable avant le procès fixé à 2019. Google peut être très persuasif quand il s’y met, car il dispose des ressources financières pour cela.
Quelle est la réalité du projet Loon ?

Google nous a habitués à manier avec dextérité les vrais projets et ceux qui ne sont que de la communication. Et de faire disparaître ces derniers aussi rapidement qu’ils sont arrivés.

C’est la question que l’on peut se poser au sujet de Loon, car au-delà des problèmes judiciaires que rencontre la compagnie, qui pourraient se résoudre, même avant le procès de 2019, Space Data étant aussi sensible que les autres aux arguments financiers sonnants et trébuchants que pourraient faire valoir Google, on peut se demander si un tel projet est viable.

On rappelle que l’idée de Google était de donner un accès Internet à toutes les zones blanches de la terre, de manière à ce que les « humains » défavorisés soient traités de la même manière que les nantis des grandes villes. Il y avait sans doute un souci humanitaire derrière Loom, mais plus probablement la recherche de nouveaux marchés ou de la « com ». Mais ça c’est une autre histoire.

Contentons-nous du projet Loom tel qu’il nous a été présenté.

Ce qui nous amène à faire un petit calcul.

Le rayon de la terre est de 6 369 km, ce qui veut dire que la surface de la terre est de 510 millions de km² environ. On nous fera grâce des décimales…

Sur ces 510 millions, 80 % représentent de l’eau. On peut donc admettre de restreindre Loom aux seules zones terrestres, plutôt que d’équiper les poissons. Ce qui fera quand même 85 millions de km².

On peut estimer que sur ces 85 millions, 10 % sont déjà équipés de moyens de communication et n’ont pas besoin de Loom. Il nous reste donc à peu près 70 millions de km² à équiper.

Google nous ayant affirmé que chaque ballon est susceptible de couvrir 40 km², cela veut dire que pour atteindre ses objectifs, il devra lancer 1 750 000 ballons, soit près de 2 millions d’unités.

Imaginez les problèmes de logistique que cela pourrait poser. D’autant que les ballons n’ont pas pour vocation de rester éternellement en l’air et que de temps en temps, il faudra les faire redescendre à des fins de maintenance.

En fait, au-delà de l’idée qui est peut-être bonne, au même titre que l’usage d’un drone chez Facebook et que Google pourra effectivement mettre en pratique dans certaines zones, on le voit mal tout régler par ce biais. C’est la même idée que Wi-Fi First, un bon vecteur de communication, mais probablement rien de plus…