La course est lancée. Depuis les jeux olympiques d’hiver en Corée du Sud, où la première implémentation concrète de la 5G a été démontrée, sans valeur de norme, les opérateurs ont pour objectif d’être les premiers à être présents commercialement sur le créneau du sans-fil large bande. Il semble que cette bataille a été gagnée aux Etats-Unis par Verizon.

Verizon, l’un des principaux opérateurs cellulaires américains, vient d’annoncer le lancement du premier réseau commercial 5G, dans quatre villes : Houston, Indianapolis, Los Angeles et Sacramento.

Ce réseau « 5G Home » est construit sur une technologie propriétaire temporaire, dite 5G TF, qui n’est pas la norme 3GPP 5G NR, pour la simple raison que celle-ci vient seulement d’être votée en juin 2018 et que ses détails ne sont pas encore connus, ni bien sûr traduits dans les processeurs.

Devant la crainte manifestée par les clients, qui voient d’un mauvais œil l’idée de se lancer dans une technologie non standard, Verizon indique que la 5G TF a été conçue de telle manière à ce que l’infrastructure mise en place soit réutilisable, dès lors que la NR sera officielle et « upgradable » de manière transparente. Autrement dit, les clients vont acheter un smartphone 5G TF et ne seront pas concernés quand Verizon passera à NR. On veut bien…

En termes de vitesse, la 5G Home devrait fournir des débits de 300 Mbps chez l’usager, avec des pointes à 1 Gbps, selon la localisation géographique de l’utilisateur.

Verizon risque de ne pas rester seul très longtemps.

Sprint prévoit aussi pour le premier semestre de 2019 de déployer sa propre infrastructure dans neuf grandes villes américaines : Atlanta, Chicago, Dallas, Houston, Kansas City, Los Angeles, New York, Phoenix et Washington. Et les autres ne manqueront pas de suivre. Ce sera sans doute une déferlante.

Des déceptions à prévoir…

Sur le papier, la 5G est une technologie révolutionnaire, qui apportera de profonds changements au monde cellulaire :  une vitesse maximum de 10 Gbps en nominal, dans les meilleures conditions, une densité d’usagers de 100 à 1000 plus importante qu’avec la 4G et surtout une latence d’une ms, ce qui la rendra compatible avec les protocoles Internet, tels que TCP, IP… Et donc avec les applications transactionnelles, ce qui était inenvisageable jusqu’à présent.

On connaît bien les technologies qui permettent ce challenge : une nouvelle méthode d’encodage (Non-Orthogonal Multiple Access), le Massive MIMO qui consiste à multiplexer les signaux non seulement au départ, mais également à l’arrivée, l’extension de la bande de fréquence dans les zones millimétriques, au-delà des 6 Ghz, jusqu’à 100 Ghz, ce qui a pour effet, entre-autre, d’augmenter considérablement l’efficacité spectrale (30 bits/hz/sec).

Cela dit, tout ne se fera pas en un jour et il faudra sans doute attendre 2022/2023 avant que le paysage ne se stabilise sur une offre solide, homogène et universelle.

Le premier problème est celui des infrastructures. Car, contrairement aux 3G et 4 G, qui restent en deça des 5 Ghz, la 5G va fonctionner sur des fréquences plus élevées, qui c’est vrai lui donnent l’avantage de la vitesse et de la réduction de latence (temps de connexion aux antennes), mais présentent le (gros) inconvénient de réduire la distance de raccordement. Au point qu’il faudra mettre en place de très nombreuses antennes pour couvrir les espaces utilisateurs, beaucoup plus qu’avec les technologies précédentes. De sorte que l’on peut très bien imaginer un déploiement chaotique, avec des zones privilégiées, comme cela semble être le cas dans la première offre Verizon.

Et il ne faut pas se faire trop d’illusions. Dans quatre à cinq ans, les réseaux 5G ne seront disponibles que de manière très fragmentaire et de toute façon, comme ils vont consommer beaucoup plus d’énergie (contrairement à ce qu’on nous serine depuis des mois), les circuits dédiés 5G que l’on trouvera dans nos smartphones seront conçus pour privilégier des réseaux moins gourmands comme la 4G et ne basculeront sur la 5G que lorsque ce sera vraiment nécessaire, du point de vue applicatif.

Le deuxième problème sera celui des répercutions sur la santé des usagers. Car avec des fréquences très élevées, proches des 100 Ghz, la longueur d’onde correspondante va fortement diminuer (lambda = c/fréquence), les risques potentiels sanitaires augmentant de manière inversement proportionnelle. A priori cela ne devrait pas encore être trop catastrophique, mais il faut toujours se méfier de ce rapprochement avec les longueurs d’ondes dangereuses (RX et R Gamma), bien que les 100 Ghz de limite haute (pour l’instant) de la 5G correspond à une longueur d’onde 60 millions de fois plus grande que celle des Rayons X et Gamma, à priori les plus dangereux.

Ce qui n’a pas empêché quelques hypocondriaques « par précaution » de s’inquiéter, telle « Americans for Responsible Technology », un groupement de 52 associations, qui a demandé très officiellement à la FCC, l’organisme de régulation américain, de réduire ses ambitions 5G et de ralentir sa mise en œuvre. De la même manière, des villes comme Mill Valley en Californie ont déjà voté des lois pour en interdire l’installation. Ceci en attendant que l’on sache exactement à quoi s’en tenir…

Comme cela fait 20 ans que l’on se penche sur la question et que l’on continue de dire à peu près n’importe quoi, il n’y a pas de raison que cela s’arrête. D’autant que l’on n’a pas la moindre idée des effets nocifs que pourrait entraîner, non pas une onde électromagnétique prise individuellement, mais l’accumulation de ces ondes en un point donné.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quelques-uns des premiers terminaux compatibles 5G, existants ou à venir. On notera la forte présence chinoise.

Les smarphones, ça vient ?

Reste le problème des smartphones, car pour communiquer en 5G encore faut-il disposer de terminaux compatibles. Ce qui devrait prendre beaucoup de temps.

Le premier smartphone compatible est le Moto Z3 de Motorola, équipé d’une puce Qualcomm, comme ce sera sans doute le cas de nombreux équipements de ce type. Mais pour que ce smarphone puisse communiquer en 5G il faudra le doter d’un module Moto Mod, ce qui le fera doubler en épaisseur. Verizon, encore lui, est le premier opérateur à supporter et vendre le Moto Z3.

D’autres terminaux devraient être disponibles : celui de l’équipementier chinois Huawei, annoncé mi-2018, un autre chez Xiaomi (Mi Mix 3 5G), l’un des quatre membres du fameux BATX, l’équivalent des GAFA, avec Baidu, Alibaba et Tencent, ainsi qu’un OnePlus 7 chez un autre chinois, Oppo.

Ce qui frappe ici c’est évidemment l’omniprésence des chinois qui disposent d’un quasi-monopole dans la fabrication des terminaux, monopole qui ne devrait pas se restreindre, bien au contraire, avec le déploiement de la 5G.

Il serait d’ailleurs intéressant de ce point de vue d’avoir l’avis du locataire actuel de la Maison Blanche, Donald Trump, qui a ouvert les hostilités avec l’ogre chinois, à qui il reproche une position trop envahissante. Avec la 5G, il risque fort l’apoplexie…