Je m’appelle John Smith, un nom suffisamment commun pour qu’on n’y prête pas attention. A titre personnel j’ai de gros frais, une nouvelle berline italienne, ma résidence de Marbella que je restaure, etc. Rien de bien grave me direz-vous, mais ça finit par coûter. Aussi j’ai imaginé une petite astuce, qui va sans doute m’aider, quelque peu à la limite de la déontologie commerciale, mais la fin justifie les moyens… Et de toute façon, c’était ça… ou de gros ennuis avec la Justice.

Cette astuce est très simple. Il se trouve que mes pérégrinations m’ont amené à travailler dans plusieurs grands pays industrialisés comme les Etats-Unis, le Brésil, la France, l’Allemagne, le Royaume Uni, etc et que j’entretiens avec certaines grandes compagnies locales : un pétrolier, une officine gouvernementale, une compagnie aérienne, etc, des relations très suivies.

Je ne vous dirais pas comment je me suis procuré le détail des relations que ces mêmes compagnies ont avec Facebook et Google, mais là aussi la fin justifie les moyens et j’ai pu ainsi savoir qu’il y avait pour certaines d’entre elles un arriéré d’impayés de factures, que Facebook et Google, ne mettaient pas beaucoup d’ardeur à payer.

Grâce à mon beau-frère qui travaille dans le bâtiment et qui à ses moments perdus fait du Photoshop, je me suis attaché à reconstruire les sites de ces compagnies, avec lesquelles Google et Facebook communiquent et payent normalement leurs factures. Quand ils veulent bien les payer.

Grâce à Lulu, Denise et autre Lisbeth, j’ai pu savoir exactement quelles étaient ces factures en attente, souvent très grosses, qui sans doute pour Facebook et Google ne sont que des gouttes d’eau dans un océan de profits, mais qui pour moi avaient le goût du salut.

Il m’a suffi ensuite de m’insérer dans le processus et d’émettre des courriels outragés à destination de Google et Facebook, je dois dire que je les ai même harcelés, pour débloquer la situation à mon avantage. Car je n’ai pas oublié de leur rappeler les contrats de référence, dont j’avais eu copie (merci Lulu, Lisbeth, Denise, etc) et que j’ai simulés (merci Photoshop), avec les coordonnées bancaires adéquates…les miennes.

A ma grande surprise, ces deux ténors de l’informatique, dont on m’a assuré qu’ils avaient quelques idées sur les questions de sécurité, sont tombés dans le panneau et m’ont réglé « rubis sur l’ongle », pour un total de 100 millions $, avant que la source se tarisse. Sans doute parce qu’un employé un peu plus pointilleux  et malin que les autres s’est rendu compte que mes banques sont toutes établies dans des paradis fiscaux, Brunei, îles Marshall… Ce qui a dû lui sembler curieux et malvenu pour des prestataires de géants de l’industrie.

Si je vous raconte tout cela, c’est que je suis très mécontent.

Car après m’être beaucoup investi dans cette affaire, je n’ai pas pu récupérer les sommes qui me revenaient, les banques les ayant restituées à Facebook et Google.

Et en plus les clients ont porté plainte et m’ont envoyé les forces de l’ordre qui maintenant m’attendent en bas. De sorte que je n’ai plus qu’une alternative, me rendre, mais on parle déjà de 40 ans de prison, ou m’enfuir et me réfugier dans la première ambassade venue (celle du Balouchistan oriental n’est pas très loin). L’ennui c’est que depuis Snowden, les ambassades vous posent toutes sortes de questions embarrassantes avant de vous accueillir.

Ce n’est pas tout à fait une fiction

Revenons à la réalité. Tout ce qui a été dit peut sembler provenir de l’esprit tortueux d’un geek en mal de reconnaissance. Il n’en est rien. L’affaire a effectivement eu lieu, tout au moins une « arnaque » très proche dans sa conception de ce qui a été décrit, fomentée par un certain Evaldas Rimasauskas, un lituanien de 48 ans, celui-ci ayant fondé une compagnie dénommée Quanta, du même nom que celui d’un partenaire financier taïwanais, bien réel cette fois, de Facebool et Google.

Et comme dans notre fiction, Rimasauskas a réclamé pour le faux Quanta le règlement de (vraies) factures effectivement en attente, pour un total cumulé de 100 millions $ entre 2013 et 2015. Ce que Google et Facebook ont effectué sans se plaindre.

Pour la (bonne) morale de l’histoire, Rimasauskas a finalement été arrêté et risque 20 ans de prison, pendant lesquelles il aura le loisir de réfléchir sur des moyens moins risqués de dépouiller ses contemporains.

Quant à Google et Facebook, ils sortent un peu ridicules de cette affaire. Mais nous ne leur jetterons pas la pierre, car il est très difficile, voire impossible, pour une entreprise de plusieurs dizaines de milliers d’employés de faire face à toutes les attaques. Il y aura toujours des failles. Dont les criminels sauront bénéficier.

Alors qu’est-ce que je fais ?

Je me rends ?