Les multinationales expriment souvent le besoin d’interconnecter leurs établissements, répartis dans le monde, par une infrastructure réseau de niveau 2 OSI en pur Ethernet, de bout en bout.

Sachant qu’il n’est pas dans les possibilités de ces compagnies d’implanter elles-mêmes les backbones de transport et qu’elles doivent pour cela passer par les services d’opérateurs spécialisés.

Dans ce milieu très particulier de l’Ethernet « worldwide », ce sont deux compagnies européennes qui dominent le marché mondial, le français Orange et le britannique BT. Ce qui est suffisamment rare pour être souligné.

La problématique technique

L’interconnexion étendue Ethernet, ce que l’on appelle généralement le « Global Ethernet » s’applique à deux natures d’utilisateurs : ceux qui ont besoin seulement d’un accès Ethernet, le transport pouvant être assuré ensuite en IP et ceux qui ont besoin des deux, l’accès et le transport Ethernet.

Le premier concerne  des moyens de connexion à Internet en haut débit, à la place d’ADSL ou le câble, ce que l’on trouve chez BT par exemple, mais aussi des accès à des VPN de niveau 3, l’accès à des services de VoIP, ou à des « backholes » mobiles (des réseaux intermédiaires), autant de besoins qui ne concernent donc que l’accès, la suite se passant différemment.

Le second répond aux demandes des clients qui veulent établir une liaison point à point entre deux établissements ou multipoint en « full Ethernet », qui souhaitent mettre en place des VPN de niveau 2 de bout en bout ou qui ont accès par exemple à des ressources d’infrastructures sur le Cloud, stockage et traitement, qui nécessitent des temps de latence très faibles, ce que peuvent leur fournir les « tuyaux » Ethernet.

Ce type de prestations est connu depuis de nombreuses années et certains opérateurs s’en sont fait une spécialité, qui ont une couverture mondiale avec des clients répartis sur toute la planète.

Ce n’est cependant pas une déferlante et malgré une progression soutenue, on ne peut pas dire que ce créneau passionne vraiment les grands du domaine.

Les standards d’interconnexion à connaître

Comme le montre le schéma ci-contre, l’interconnexion Ethernet étendue est régie par deux grands standards issus du MEF : Metro Ethernet Network Architecture Framework : UNI et E-NNI.

UNI : User Network Interface constitue le lien entre le client (CE : Customer Edge) et le fournisseur de service Ethernet, le CEN : Carrier Ethernet Network.

Cette interface est elle-même scindée en deux, l’UNI-C côté client et UNI-N, côté réseau.

UNI-C peut être implanté sur un routeur ou un switch, fourni par l’opérateur ou un équipementier quelconque.

Il assure des fonctions de formatage de trames Ethernet, le « C-Tagging » (« customer tag »), pour distinguer les services acheminés, certaines fonctions de gestion du trafic, telle que la mise en forme (« shaping ») et des fonctions dites d’OAM : Operations, Administration, Management.

Du côté opérateur, l’UNI-N, peut être implémenté dans un équipement d’interface unique ou réparti sur plusieurs équipements.

La seconde interface assure le lien Ethernet entre deux CEN, opérateurs Ethernet, si le client n’en trouve pas qui puissent lui assurer les connexions de bout en bout. Selon les cas, le client fera appel à des prestations de transport Ethernet entre opérateurs et E-NNI constitue le standard que doivent respecter les prestataires entre eux.

La position privilégiée d’Orange

Selon Vertical Systems Group, Orange est présent dans 220 pays dans le monde, ce qui explique sa position de leader en tant que CEN. Derrière lui, le britannique British Telecom Global Services, est présent dans 170 pays. Le n°3 est un autre britannique, Colt, devant les américains ATT, Verizon, Level 3 et le japonais NTT.

La relative désaffection des opérateurs américains peut paraître étonnante, avec un Verizon qui continue de perdre des parts de marché, mais ce qui s’explique par la taille relativement réduite du marché global Ethernet, presqu’un marché de niche, avec des perspectives étroites, des acteurs souvent très locaux, en Asie ou en Amérique du Sud, par exemple, avec lesquels il faut compter, des marges très réduites qui ne « passionnent » pas les foules et surtout la prédominance de l’incontournable IP, vers lequel les grands acteurs préfèrent concentrer leurs efforts. D’autant que pour assurer une couverture mondiale sur ce type de service très particulier, les coûts peuvent rapidement devenir exorbitants, à moins de disposer déjà d’une infrastructure prête à l’accueillir.

Cela dit, le besoin existe et les duettistes Orange et BT s’en portent apparemment très bien.