Les futures architectures de SI seront un assemblage de solutions Cloud publiques et privées, mais aussi d’applications et de ressources restées sur site, en mode dit « On premise ».

Logiquement, ces architectures pourront être administrées par des outils « œcuméniques » qui sauront s’abstraire de l’identité des Clouds et traverseront les systèmes de provisionnement dynamiques qui les caractérisent.

Mais il manque encore des outils qui permettront de basculer une charge, données et/ou exécutables, d’un environnement à l’autre, sans que cela pose de problèmes insurmontables.

C’est en cela que devrait contribuer la pile Open Stack, mais on sait aussi quelles sont les difficultés de cette « glue » Open Source Java, qui ne s’expose pas de manière unique et trop personnalisée par les acteurs de la filière. En d’autres termes elle n’est pas satisfaisante, en l’état.

Deux nouveaux produits chez Oracle

Oracle a évidemment compris toute la difficulté du sujet, d’autant qu’il est dans le même temps le « gardien du temple » de Java, au cœur de la stratégie Cloud.

Il s’agit d’ « Oracle SOA Cloud Service » et d’ « Oracle API Manager Cloud Service », qui viennent en complément de la plate-forme existante « Oracle Cloud Platform for Integration », qui a été annoncée en juin, en même temps qu’une vingtaine de nouveaux produits.

Oracle SOA Cloud Service est un module qui facilite le passage d’un environnement à l’autre, destiné particulièrement aux clients qui préfèrent développer dans le Cloud, avec les outils PaaS d’Oracle, mais qui une fois les applications terminées et testées, préfèrent les exploiter en local.

Une opération qui à priori n’est pas évidente, car les contextes opérationnels peuvent être très différents et surtout la nature des applications très diversifiées.

Normalement tout est prévu, dans ce module orienté SOA, qui vient prendre sa place à côté des autres outils d’intégration d’Oracle.

La spécificité du nouveau module est bien de s’intéresser aux applications urbanisées, regroupées sous le vocable de SOA (ce qui va faire plaisir au Gartner), qu’il prévoit d’adapter grâce à des fonctions telles qu’un framework de bus, une disposition de modélisation BPEL de l’interaction entre les services, etc, le tout sur fond de standards Web Services (SOAP, WSDL) ou REST.

A priori, nous ferions confiance à Oracle sur ce point, car pour ses propres besoins, il a déjà démontré sa capacité à maîtriser les problématiques d’environnements urbanisés, dans le projet Fusion, qui a transformé une mosaïque de gros logiciels fortement incompatibles (JD Edwards, People Soft, logiciels financiers maison, etc) en une suite de services accessibles dans le Cloud.

Le deuxième module nouveau est l’API Manager Cloud Service, qui est une sorte de super gestionnaire d’API et de services.

Il permet de créer les services, de les sécuriser (chiffrement, authentification) et de les publier, aussi bien dans le Cloud Oracle qu’en local.

Une fois les applications écrites, il facilite la découverte des services et en contrôle l’accès à l’exécution.

Dans un contexte d’urbanisation, c’est le module le plus important, celui par lequel tout va passer.

Une erreur de « casting »Nous estimons cependant qu’Oracle fait une erreur de casting.

Plutôt que de s’accrocher au concept de SOA, dont tout le monde sait aujourd’hui qu’il ne représente pas grand-chose de concret, il devrait plutôt parler d’urbanisation et de Web Services, voire comme le fait IBM, de BPM : Business Process Management. Des architectures plus générales, qui ne seront pas polluées par le principe des SOA.

Il est évident que nos systèmes d’information s’orientent vers des process métiers réutilisables. Et en cela, SOA n’est pas entièrement contestable. Mais cela se fera progressivement, au fur et à mesure des développements de nouvelles applications. Pour aboutir un jour à ce que l’ensemble applicatif des entreprises soit pour l’essentiel fondé sur ces fameux services, effectivement réutilisés. Dans 10 ans, 20 ans…

Avec cette perspective, les nouveaux outils d’Oracle vont probablement trouver un écho favorable chez les clients, car la compagnie de Larry Ellison  estime que son Cloud accueille déjà 70 millions d’utilisateurs pour 30 milliards de transactions quotidiennes. Pour répondre à la demande, Oracle a d’ailleurs réparti ses ressources Cloud dans 17 datacenters dans le monde et annonce une capacité de 700 peta bytes, soit 700 millions de GB de stockage. Ce qui devrait le mettre à l’abri du besoin pour quelques temps…

Nous aurons l’occasion de revenir sur cet aspect de l’intégration des applications urbanisées ou non, entre les deux univers Cloud et On premise et voir comment Amazon, Oracle, IBM, VMWare et Microsoft l’ont traité. C’est un sujet essentiel.