Après une année de déceptions successives et de lent affaiblissement de la valeur courante du bitcoin, tombé aux alentours des 200 $ US, la fin 2015 et sans doute plus encore 2016, pourrait remettre la plus connue des monnaies cryptographiques au-devant de la scène.

Il y a plusieurs raisons à cela.

La première est que la valeur du bitcoin est remontée, qui est de l’ordre de 450 $ US actuellement, ce qui redonne de l’espoir à ceux (nombreux) qui en possèdent.

La position aussi des grands de ce monde vis-à-vis de la « monnaie », qui commencent à avoir une attitude moins étriquée à son égard, banques, institutions financières, grands distributeurs.

Et surtout deux évènements fortuits : la course à celui qui sera le premier à divulguer l’identité du créateur des bitcoins et la montée en puissance, non pas des bitcoins, mais du mécanisme de blockchain qui est au cœur du système.

 

 

Qui est Mr Bitcoin ?

L’éveil de l’intérêt que l’on porte aux bitcoins vient donc de ce que l‘on assiste actuellement à une course effrénée entre les candidats qui cherchent à être les premiers à dévoiler l’identité de l’inventeur du bitcoin, celui qui se cache derrière l’énigmatique pseudonyme, Satoshi Nakamoto, course qui ressemble à une chasse au trésor, puisqu’il est prouvé maintenant que le Nakamoto en question est propriétaire d’environ 1000 bitcoins, soit l’équivalent de 400 millions $ US. Un véritable pactole que les limiers du monde entier, journalistes, mais aussi agents du Fisc, cherchent à attribuer à quelqu’un. Evidemment, pas avec les mêmes motivations.

Au départ le New Yorker croyait « dur comme fer » qu’il s’agissait de Michael Clear, un étudiant irlandais, spécialiste de la cryptographie, le même New Yorker qui avait aussi suspecté le finlandais Vili Lehdonvirta, sociologue, développeur de jeux, d’être Nakamoto. Ce qui lui a semblé évident après

avoir trouvé des similitudes entre les quelques 80.000 mots publiés par Nakamoto et les propres documents de Clear. Ce qu’à la fois Clear et Lehdonvirta, ont vigoureusement nié : « I’am not Satoshi, but even i I was I wouldn’t tell you » (Clear).

Pour FastCompany, Nakamoto était en fait 3 personnes : Neal King, Vladimir Oksman et Charles Bry, le magazine d’affaires américain ayant constaté la présence de phrases identiques à celles de Nakamoto dans un document « Conputationally Impractical to Reverse » de dépôt de brevet, le nom de domaine bitcoin.org ayant été déposé 3 jours après la publication de ce document.

D’autres observateurs bien informés, ont pensé que tout cela est faux et que le vrai Satoshi est un autre finlandais Martii Malmi, impliqué dans l’histoire des bitcoins depuis les débuts et qui entre autre, a développé son interface d’accès.

Ce que contestent d’autres limiers, qui eux estiment qu’il s’agit tout simplement du fondateur de Mt. Gox, Jed McCaleb, qui on s’en souvient a dû arrêter ses activités de trader à la suite d’une attaque massive sur son site.

Et ça ne s’arrête pas là.

Certains scientifiques pensent que cette idée « géniale » de monnaie cryptographique ne pouvait être avoir germée que dans le cerveau de l’un des leurs, en l’occurrence ceux de Donald O’Mahony et de Michael Peirce, à cause du livre qu’ils ont écrit ensemble sur les monnaies numériques, scientifiques qui ont par ailleurs fréquenté le même Trinity College que Michael Clear.

Filière que semble avoir suivie Ted Nelson, bien connu dans le monde Internet, qui pensait pour sa part, dans les années 2013, qu’il pouvait s’agir du mathématicien japonais Shinichi Mochizuki.

En février 2014, Newsweek a cru décrocher le gros lot en la personne de Dorian Nakamoto, mais qui comme tous les autres a nié (y compris devant les tribunaux) être la personne recherchée et affirmé n’avoir aucun lien avec le bitcoin.

D’autres suggestions plus ou moins fantaisistes ont été émises, celles portant sur les développeurs Hal Finney, Michael Weber et Wei Dai ou sur l’auteur d’un livre sur la technologie bitcoin : « Bitcoin, the future of money », un certain Nick Szabo.

Aux dernières nouvelles, Wired et Gizmodo ont affirmé de concert, que cette fois, il n’y a plus de doute et qu’ils ont mis la main sur le véritable Satoshi Nakamoto. Il s’agirait selon eux d’un australien de 44 ans, Craig Steven Wright, cryptographe de son état, pour qui un faisceau de présomptions semblent converger.

D’abord un post de blog dans lequel Wright affirmait travailler sur une monnaie virtuelle et ce, quelques mois seulement avant l’annonce des bitcoins, suivi d’un autre post annonçant le lancement d’une monnaie virtuelle, la veille de l’évènement. Autre indice qui intéresse particulièrement les agents du Fisc, Wright a annoncé qu’il allait lancer un fond d’investissement « Tulip Trust » de 1,1 million de bitcoins, ce qui correspond exactement à ce que Satoshi Nakamoto dispose effectivement dans son  portefeuille de 1,1 million de bitcoins…

Il y a quelques jours, Craig Steven Wright a fait l’objet d’une intervention de la police à son domicile, pour des raisons fiscales semble-t-il, sans rapport avec sa pseudo paternité de l’identité de Nakamoto, comme l’affirment Gizmodo et Wired.

Il est vrai que la piste semble très sérieuse, confortée par le fait que Wright dispose de bonnes connaissances en cryptographie et qu’il a accès à la boîte courriel du désormais fameux et mythique Satoshi.

De toute façon, on verra bien, l’important n’étant pas vraiment là…

 

 

La montée en puissance du « blockchaining »

Car au-delà de la chasse au trésor de Nakamoto, il nous apparaît que le plus important est la montée en puissance, non pas de la monnaie cryptographique bitcoin, mais de la technologie sous-jacente du blockchaining qui en est au cœur.

Le principe du blockchain est qu’il n’y a pas d’organisation centralisée, une banque centrale pour la monnaie, par exemple, mais que l’information concernant l’activité couverte par le blockchain est répartie entre tous les acteurs, dans des fichiers (les blocs) qui leur sont propres, mis à jour en permanence grâce à des opérations de mining (minage).

L’originalité de la technologie est liée au fait que pour qu’une transaction soit validée, il faut attendre qu’elle soit résolue sur l’ensemble des blocs de la planète, opération évidemment très lourde, qui explique l’apparition de traders tels que Mt. Gox.

Ce qui est intéressant actuellement c’est que la technologie du blockchain intéresse de plus en plus de nombreux acteurs économiques et pas seulement dans le monde financier.

C’est le cas par exemple pour la gestion des actifs immobiliers avec Bitproof et Blocknotary, pour l’authentification des œuvres d’art avec Verisart, voire celle des identités avec ShoCard.

Le principe est toujours le même, éviter toute contestation ou litige, par la diffusion partagée des informations, qui ne sont donc plus centralisées chez un intervenant que l’on peut toujours contester, comme peut l’être une banque centrale, mais réparties par minage sur toutes les machines du microcosme.

Microsoft a manifesté son intérêt pour la technologie avec son service « Blockchain as a Service », dans le Cloud bien entendu, qui pourrait fournir la puissance de calcul nécessaire, mais aussi IBM et bien entendu les banques telles que Visa.

On comprendra bien qu’il ne s’agit pas pour eux de valider la monnaie cryptographique bitcoin, mais bien le blockchain, son algorithme fondamental, ce qui n’est pas pareil.

Selon l’étude « Bitcoin & Blockchain in 2016 : a survey of global leaders » de Magister Advisors, les grandes institutions financières vont investir plus d’1 milliard $ dans le blockchaining dans les 2 ans qui viennent, soit le double de ce qu’elles ont dépensées dans les 3 dernières années.

Ce qui pour le moins témoigne de leur intérêt pour la technologie et en extrapolant, d’une possible remise en cause de certains process économiques que nous croyions pourtant inaltérables.

Comme quoi la vérité d’un jour…