A l’occasion de l’évènement qu’il organise chaque année, cette fois à Las Vegas au début du mois d’octobre, Amazon a annoncé un produit qui risque de faire des vagues, non seulement chez ses concurrents déclarés, mais aussi chez ses propres partenaires, avec qui il entre en « conflit ».

Evènement qu’il faut rapprocher de celui d’une autre annonce, celle faite par Open Text, que l’on percevait plutôt comme spécialiste du CMS, mais qui lui-aussi entre dans ce monde particulier de l’analyse des données, qui si l’on en croit les observateurs sera LE grand domaine de demain, celui qui tirera une bonne partie de l’activité des TI.

QuickSight d’AWS avec sa propre base de données

QuickSight d’AWS est l’un de ces nouveaux produits miracles, qui vont permettre à leurs utilisateurs, d’analyser, de traiter et de visualiser des volumes importants de données, sans passer par de lourds investissements matériels, sans avoir à installer quoi que ce soit et le tout à un prix plus que compétitif.

L’une des caractéristiques de QuickSight est qu’il se fonde sur sa propre bases de données, dite SPICE pour « Super-Fast, Parallel, In-Memory Calculation Engine », qui s’exécute en mode in-memory, sans disques et avec, de ce fait, son propre système de gestion de fichiers, conçu pour paralléliser les requêtes d’accès et de traitement.

Evidemment, pour AWS, c’est un gros avantage par rapport à ses adversaires, puisque les requêtes seront traitées à grande vitesse après que les données auront été rapatriées. Mais bien sûr, pour ses concurrents c’est un inconvénient, car plutôt que de traiter les données là où elles se trouvent, il faut les ramener, ce qui fera perdre le temps…que l’on gagnera ensuite en exécution.

On voit bien qu’il y a 2 modèles et il faudra se garder de statuer pour l’un ou pour l’autre. La solution QuickSight pourra s’avérer séduisante, si les données à traiter s’accommodent d’un certain décalage de « fraîcheur », autrement dit quand il ne s’agira pas de temps réel.

Une solution comme celle de Tableau Software, qui laisse les données là où elles sont, sera plus à même de traiter les informations en temps réel, mais elle n’atteindra pas les performances de QuickSight, loin s’en faut, surtout avec de gros volumes de données.

Par ailleurs, il y aura toujours un risque de « fonctionner » sur les données réelles, une manière de faire que l’on interdisait il n’y a encore pas si longtemps.

Du point de vue prix, QuickSight ne semble pas, à priori, ruineux, puisque la version standard commence à 9 $/mois/utilisateur et 12 $ avec 10 GB.

AWS propose une version dite « Enterprise », qui garantit un débit de transfert doublé et donne des possibilités de chiffrement, mais dont le prix monte à 18 $/mois/utilisateur, tous ces tarifs étant calculés sur un contrat d’un an.

L’annonce d’AWS est effectivement intéressante en termes de fonctionnalités, mais c’est surtout du point de vue prix, qu’elle va provoquer un véritable séisme. Car les concurrents, tels que Tableau sont trois fois plus chers, pour une version Cloud équivalente. Ou supposée telle.

Au-delà des querelles de performances et de savoir s’il vaut mieux gérer une base de données locale ou laisser les informations là où elles sont, la différence se fera largement sur la simplicité d’usage de l’outil, sur l’existence d’un véritable langage d’analyse, sur les moyens d’affichage des données dans le cadre du « dataviz », etc.

Pour AWS, il s’agit d’un marché tout neuf et il va falloir qu’il compte sur de très nombreux concurrents, près d’une centaine, dont une bonne dizaine ont des solutions crédibles sur le Cloud : Adaptive Insights du français Bime, Birst. GoodData, IBM avec les déclinaisons de Watson, le PowerBI de Microsoft qui a pris beaucoup d’ampleur depuis l’annonce d’Office 2016, Microstrategy, SAP Lumira Cloud, Tableau bien sûr, ou encore TIBCO Spotfire Cloud.

OpenText Big Data AnalyticsChez le canadien OpenText, la nouvelle offre Big Data Analytics ne cache pas ses objectifs : BI et Big Data, le tout dans un environnement de Cloud. Big Data Analytics étant l’aboutissement dans le domaine du BI de nombreuses acquisitions effectuées depuis des années, dont celles de Vignette en 2009, d’Hummingbird en 2006 et surtout d’Actuate en 2015, qui est au coeur de son offre actuelle. Les mauvaises langues disent même qu’il s’agit d’un simple habillage d’Actuate aux couleurs OpenText…

L’originalité de Big Data Analytics est triple :

  • c’est l’une des premières offres qui associe les fonctions de gestion de l’information, au sens CMS, qui est quand même le premier métier d’OpenText, au BI et à l’analyse de données, considérée par OpenText comme un complément naturel
  • il exploite une base de données de type NoSQL en mode colonne comme le sont les Big Table de Google ou Hyper Table, c’est-à-dire des bases de données conçues structurellement pour donner des temps de réponses très courts. OpenText fait état de temps d’exécution multiplié par 1000 par rapport à une base relationnelle, ce qui ne veut pas dire grand-chose, mais témoigne au moins de sa volonté d’être le plus performant possible
  • la tarification, qui est basée sur le nombre de rangées (colonnes) : 18.000 $/an pour 50 millions de rangées et jusqu’à 300.000 $ pour 1 milliard de colonnes, sans que soit précisé le nombre d’usagers autorisés à se connectés simultanément.

Il convient ici de se rappeler que dans une base colonnes, la totalité des valeurs d’un champ sont enregistrées en série sur le disque, ce qui dans certains cas d’usages va donner des performances extraordinaires…mais à condition de rester dans l’épure de ces usages.

Sur cette base, OpenText fournit les outils d’analyse qui, sans programmation, vont permettre aux utilisateurs d’effectuer leurs simulations et recherches : profilage, prévisions, arbres de décision, etc.

Voilà donc un prestataire de plus sur un marché pourtant très encombré.

Question : combien en restera-t-il dans 5 ans ?