Il ne faut jamais oublier que les technologies modernes, largement issues d’Internet, sont d’origine américaine. Très largement horizontales, qui font de l’autonomie, voire de l’autogestion, des principes de base.
Mais tous les pays ne sont pas comme les Etats-Unis. Il en existe de nombreux dont l’histoire et les principes sociétaux, sont parfaitement inadaptés, voire incompatibles, avec ce que l’on veut leur faire faire.

Deux conceptions qui s’opposent

En fait, on a affaire à deux structures contradictoires.

Les logiciels modernes de collaboration, par exemple, type G Suite, Slack ou Office 365, confèrent une grande autonomie aux usagers, qui leur permet d’accéder au patrimoine applicatif de l’entreprise et à ses fonds documentaires très simplement et les met en état de communiquer avec tout et tout le monde, sans contrainte particulière.

La phase actuelle de développement des technologies de communication les libère en plus des contraintes physiques de connectique et leur permet de travailler en totale ubiquité, sans avoir à demander d’autorisation à personne… au-delà des systèmes d’authentification et d’habilitations.

Le problème est que de l’autre côté, il existe des organisations parfaitement hiérarchisées, parfois quasi-militaires, dans lesquelles les outils de collaboration peuvent éprouver des difficultés à se mouler.

Et au-delà des organisations d’entreprises, ce sont d’ailleurs des pays entiers qui sont structurés de cette manière.

Au Maroc, en Tunisie, en Thaïlande, au Vietnam, dans les pays du Moyen-Orient, voire même au Japon, l’organisation des entreprises est souvent le « couper/coller » parfait des structures familiales, la hiérarchie professionnelle n’étant au fond que la reproduction de cette hiérarchie. Les « anciens » jouant le rôle des managers.

Dans certains d’entre eux, les réflexes historiques, la religion et les règles non écrites de savoir-vivre, ont autant d’importance, sinon plus que les suggestions d’usages d’une pratique collaborative.

Un fonctionnement au « forceps »

Cette opposition de style n’empêche évidemment pas ces pays de s’adapter aux technologies modernes. Mais parfois, cela se fait au prix de quelques contorsions, au « forceps », en violant quelques principes sacro-saint de comportements.

Au Japon ou au Maroc, il ne viendrait à l’idée de personne de prendre un rendez-vous avec une autorité, située hiérarchiquement au-dessus d’elle, sans lui demander d’abord son avis. Crime de lèse-majesté…

Aux Etats-Unis, par contre, les managers réservent souvent des plages horaires, mises à la disposition de leurs collaborateurs, dont ceux-ci peuvent faire le plus libre usage, sans leur demander leur avis.

C’est aussi pour briser ces conventions et blocages historiques que les outils de collaboration ont été en partie conçus.

Il n’y a pas si longtemps, en Europe, dans les administrations et officines gouvernementales, il n’y avait que les chefs de départements qui avaient le droit de posséder une boîte de messagerie.

Aujourd’hui, les usagers, quel que soit leur niveau hiérarchique, en ont 44, dont ils font un libre et très large emploi

Il faut aussi se souvenir des débuts d’outils tels que Notes Domino d’IBM, qui ont eu les pires difficultés à s’imposer dans les pays à fortes traditions « sociétales », parce que justement, ils contrevenaient aux habitudes et préceptes.

Ce n’est évidemment plus le cas, hormis dans certains pays, pour lesquels la tradition est encore un obstacle redoutable. Mais qui ne résistera pas avec le temps.

A terme, tout le monde sera dans le même moule et on travaillera de la même manière à Rabat, à Ottawa et à Los Angeles.

Tout comme les jeunes filles marocaines portent toutes des « jeans » et que les présentations à Oulan-Bator sont fondées sur le même Powerpoint qu’à Londres, ces pays viennent lentement mais sûrement à ce comportement transversal, qui n’aura plus grand chose à voir avec les principes qui auront forgé leur identité.

Est-on vraiment sûr que c’est un progrès ?