D’une manière un peu provocatrice, nous estimions il y a peu, que 3 grands acteurs du monde de l’informatique étaient en danger : Apple, qui ne crée plus grand-chose, Oracle, qui ne comprend pas qu’il existe d’autres modèles que le relationnel et Intel, qui au-delà de l’effondrement du marché des PC, continue contre vents et marées à jouer sur les 2 tableaux : la conception et la fabrication des circuits.
L’actualité nous aura donné raison au moins pour Intel, en attendant les autres.

Lors de sa dernière conférence pour les développeurs, organisée à San Francisco, le patron d’Intel, Brian Krzanich, au nom imprononçable, a annoncé qu’il mettait à la disposition d’ARM sa ligne de production 10 nm de Santa Clara, son fief historique, l’une des plus performantes au monde. Intel étant l’un des très rares fondeurs à maîtriser cette extraordinaire définition de gravure.

Pour bien comprendre le tournant historique que prend Intel, il faut se souvenir que le métier de fondeur comporte 2 facettes :

la conception des circuits, mémoires, processeurs, etc, qui évoluent en fonction des besoins du marché, la conception se traduisant par la mise au point d’un jeu d’instructions adapté au problème posé
la fabrication des circuits, autrement-dit la mise en œuvre d’une architecture logique et physique capable d’exécuter les instructions de ce jeu

Intel, qui avec IBM a quasiment tout inventé dans ce domaine, a toujours voulu rester autonome et tout faire : la conception et la fabrication, une ambition très (trop) lourde à porter, qui aurait pu perdurer avec des cycles de renouvellement des circuits de plusieurs années, mais qu’il n’est plus possible de maintenir dans un monde en perpétuelle refondation, où des besoins nouveaux apparaissent constamment, qui doivent être traités dans des délais de plus en plus brefs.

ARM de son côté, a toujours pensé que son métier se limitait à concevoir les jeux d’instructions et à proposer des manières, on pourrait presque dire des suggestions, pour les fabriquer. Mais sans obligation.

C’est ainsi que ses circuits se trouvent dans près de 90 % des modules, la fabrication ayant été effectuée par son millier de sous-traitants, dont Samsung.

Après ARM… Intel

Même si les contextes ne sont pas les mêmes, on ne peut s’empêcher de rapprocher les stratégies d’AMD et maintenant d’Intel, vis-à-vis d’ARM.

AMD a annoncé, il y a quelques mois, que l’une de ses lignes de processeurs, les Skybridge, serait fondée un jeu d’instructions ARM. Il ne s’agit pas de toute la production AMD, qui reste majoritairement x86, mais ce sera quand même une grande première pour lui.

Intel ne prévoit pas la même chose. Il reste fidèle au modèle x86, mais devient une sorte de sous-traitant d’ARM, au même titre que Qualcomm ou Samsung.

Pour AMD il s’agissait de réorienter sa production vers une demande ARM, alors que pour Intel, il s’agit surtout de « sauver les meubles » et d’attendre des jours meilleurs. Car il ne faut pas oublier non plus les 12.000 licenciements décrétés chez le fondeur, soit 11 % de ses effectifs.

Une stratégie qui, somme toute, est très crédible.

De cette manière, Intel va pouvoir augmenter son cash en signant avec des fabricants spécialisés dans les architectures ARM, qui de facto, bénéficieront d’une technologie de production d’avant-garde, que ne pourront pas imiter les sous-traitants actuels d’ARM, TSMC par exemple.

Et sur ce point, Intel joue sur du velours.

Aucun fondeur, hors IBM, n’est capable de produire à 10 nm et de se lancer dans une production sub-10 nano, qui devrait arriver prochainement.

L’annonce de Brian Krzanich, au nom toujours aussi imprononçable, n’est donc que conjoncturelle et devrait rassurer les clients d’Intel, inquiets quant à son rachat possible (ARM a bien été racheté par Softbank) et du spectre de la disparition de l’architecture x86.

Intel trouve dans les capteurs un marché très important, des capteurs et objets que l’on trouvera dans la future voiture autonome de BMW, le constructeur allemand, qui ne devrait outefois pas ressembler à celle-ci…
Intel ne compte pas en rester là…

Lors de cette même conférence de Santa Clara, Intel a également insisté sur l’orientation nouvelle qu’il comptait donner à sa production, vers les objets et capteurs, mais aussi vers la réalité virtuelle, pour laquelle il a conclu un accord avec Microsoft, pour diffuser un casque qui n’a pas besoin de câbles, là où ses concurrents n’ont jamais réussi à se débarrasser de ce fil à la patte (Facebook avec Oculus et HTC avec Vive).

On devrait donc voir arriver prochainement des casques de réalité virtuelle avec « Intel Inside », pour s’insérer dans une plate-forme holographique, dont Hololens sera le cœur logiciel.

Brian Krzanich (…), enfin, a indiqué que sa compagnie avait conclu un autre accord important, mais cette fois avec le constructeur d’automobiles BMW, pour intégrer sa technologie dans la future voiture autonome, que le fabricant allemand est en train de construire.

Voiture qui intègrera peut-être certains des algorithmes d’intelligence artificielle de Nervana Systems, un spécialiste du « deep learning » qu’Intel vient de racheter pour 400 millions $.

Allons, finalement tout ne va pas si mal chez Intel… Et sans doute avons-nous été un peu trop pessimistes. Cela dit, il reste quand même une inquiétude et une question que devraient se poser les directeurs informatiques : quel est l’avenir de l’architecture x 86 et n’est-il pas temps de commencer à diversifier ses sources, chez ARM, par exemple.