Cinq des plus importants acteurs du monde de l’informatique, Google, IBM, Microsoft, Amazon et Facebook (il ne manque guère qu’Oracle et Apple), se sont associés dans une nouvelle structure, pour faire avancer la recherche dans le monde de l’Intelligence Artificielle.

Cette nouvelle organisation à but non lucratif, a été baptisée « Partnership on Artificial Intelligence to Benefit People and Society » ou « Partnership on A.I ». Elle a pour ambition d’éduquer le public sur ce qu’il peut attendre de l’A.I et surtout de mettre en commun leurs propres moyens de recherche, pour faire avancer le domaine. Enfin, c’est ce qui se dit.

Il a aussi pour ambition de rassurer les foules sur le fait que l’A.I ne va pas remplacer massivement les emplois humains et qu’il ne faut pas s’inquiéter devant le fait que nous pourrions nous retrouver un jour devant une super-intelligence que nous ne contrôlerions plus.

Le mariage de la carpe et du lapin

Il y a au moins deux éléments dans cette annonce qui nous paraissent pour le moins curieux.

Tout d’abord on ne voit pas très bien comment ces compagnies vont pouvoir travailler ensemble. Imaginez IBM, très avancé dans l’algorithmique A.I, dans la simulation des comportements cognitifs et l’analyse Big Data à des fins de simulation comportementale sur fond de Watson, collaborer et partager ses « secrets » de recherche avec Google, lui-même très impliqué dans des domaines semblables. Ces 5 acteurs ont déjà tous un passé important en A.I et ont beaucoup investi dans la recherche associée. On les voit mal décider subitement par altruisme pour les futures « victimes » de l’Intelligence Artificielle, d’en faire profiter leurs concurrents.

Ca c’est le premier point.

Le deuxième est qu’il ne faut pas « prendre les enfants du Bon Dieu pour des canards sauvages » et ne pas laisser se diffuser des idées dont nous savons tous qu’elles sont fausses. A savoir que la robotique et la simulation cognitive n’entraîneront pas de dégâts collatéraux importants dans les rangs des salariés. Au contraire, de nombreux emplois dans les activités manufacturières vont disparaître, sans doute de l’ordre de 30 % d’ici 2050 à cause de l’A.I. C’est la vérité. Ce qui n’empêchera pas d’autres métiers d’apparaître, liés aux services, là où on aura bien du mal à remplacer les êtres humains.

Quant à s’inquiéter sur un futur « pouvoir » détenu par les robots, on n’est pas dans « 2001, Odyssée de l’espace ». Et il n’y a pas lieu de s’affoler. Il ne faut pas oublier que cela fait près de 50 ans que l’on se cogne la tête contre les murs, pour simuler ne serait-ce que des comportements de primates. Alors imaginez la complexité algorithmique qu’il faudrait atteindre pour aborder les prémisses de l’intelligence.

Mais alors à quoi va bien servir cette « Partnership on A.I ».

De vitrine, rien de plus. Une sorte de salon permanent. Pour canaliser les évènements et organiser des conventions sur le thème de l’A.I. Des manifestations où ces acteurs sembleront œuvrer pour le bien public, alors qu’en réalité dans l’arrière-boutique, la bataille sera féroce.

En fait, ce ne sont pas les IBM, Facebook, Google, Microsoft et Amazon qui seront sur la scène, mais l’A.I, qu’il conviendra de présenter sous son meilleur jour, expurgé de toutes ses connotations inquiétantes.

On comprend alors mieux pourquoi Apple ne s’est pas laissé convaincre, ni même l’OpenAI, qui pourtant joue un rôle fédérateur très important dans ce domaine.

L’initiative du gang des 5 aura quand même eu le mérite d’attirer notre attention sur une technologie, dont on parlera beaucoup et qui pourrait contribuer aux fondations des futurs SI.

On sera donc vigilant.