La dépendance des états et compagnies aux technologies Internet et à quelques prestataires majeurs, dont les GAFA, peut être perçue comme une nouvelle forme de colonisation, qui n’est ni territoriale, ni financière, mais simplement digitale.

 

L’histoire se répète

L’histoire nous apprend que les états ont subi trois formes d’impérialisme colonial : territorial, culturel et économico-financier.

La première a abouti entre le XVI ème et le XIX ème siècle, pour se limiter aux plus récentes, à la conquête par la force, voire par la simple présence, de vastes étendues territoriales, depuis les conquistadores de Cortès jusqu’aux colonisations britanniques et françaises au XIX ème siècle. C’était comme ça. Celui qui disposait de troupes exploratoires et qui était animé d’une volonté expansionniste, pouvait s’étendre ainsi, sans contestation puisque c’est lui qui établissait les règles de droit.

C’était la forme la plus courante du colonialisme.

Une autre forme d’impérialisme, plus subtile est liée à la culture, une arme fatale, qui a souvent servi de prétexte, voire d’alibi complémentaire, pour justifier les actions brutales de quelques peuples souverains, tels que les romains.

Le fait de disposer de pôles culturels en avance sur leur temps, attirait les peuples venus d’ailleurs, qui en se fondant dans ce moule fédérateur, perdaient leur identité et leurs racines historiques.

Ils ne s’intégraient pas. Ils s’assimilaient.

Plus près de nous, l’impérialisme économico-financier est celui des grandes puissances du XX ème siècle, les Etats-Unis surtout, qui en imposant leur modèle économique, ont assujetti des économies entières d’Etats à leur seule volonté. Le Coca Cola et le Baseball n’ont certes pas fait les mêmes dégâts que les légions romaines (encore que …), mais ils ont contribué à façonner un nouvel ordre planétaire. Auquel, on peut ou non, adhérer. Mais auquel on peut difficilement échapper.

La nouvelle forme de colonisation, celle que nous vivons actuellement a toujours une connotation économique, mais avec une grande différence, c’est que ce ne sont plus les états qui l’imposent, mais des compagnies privées, les GAFA, bien entendu, pour ne citer qu’eux.

Cette fois, ce sont des modèles technologiques, largement fondés sur Internet, qui s’imposent et transforment insidieusement les pays en satellites consentants et béats d’admiration, d’une volonté sur laquelle ils n’ont aucune prise.

 

Des chiffres éloquents

Si l’on se cantonne aux seuls domaines gouvernementaux, on estime qu’aujourd’hui, entre 20 et 50 % des processus métiers, liés à leurs fonctions régaliennes, sont dépendants des technologies Internet et des services fournis par les GAFA : moteurs de recherche Google, Communautarisme du réseau social Facebook, mobiles d’Apple et Cloud d’Amazon. Sans oublier Microsoft, qui fait un peu figure de GAFA bis, avec des pratiques, loin d’être désintéressées. Ce que personne d’ailleurs n’ait à le reprocher.

Certains dirigeants politiques vont même très loin, qui encouragent à dématérialiser les processus de leurs administrations sur Internet, alors même qu’ils n’ont aucun contrôle sur le devenir du Web, ni même aucune influence sur ses évolutions. Et fixent pour cela des quotas, en dessous desquels leurs services seront jugés ringards et hors du temps.

Qu’on le veuille ou non, il s’agit bien ici d’une forme nouvelle mais évidente de colonialisme, puisque des états entiers deviennent dépendants, non plus des « armées du Roy », mais d’un contexte technologique imposé par des compagnies privées, le plus souvent américaines, avant d’être chinoises.

Or, qui dit dépendance, dit troubles potentiels et dysfonctionnements. Celle qui relie les états aux GAFA va créer de nombreuses victimes, plus précisément dans les pays socialement fragilisés, qui n’auront aucun moyen pour s’opposer aux dictats de ces structures hyper-puissantes.

Cela tout le monde le sait mais chacun s’ingénie à ne pas prononcer les « mots qui fâchent », colonialisme, impérialisme, etc, pour se réfugier dans une sorte de pensée unique, qui rassure, masque la réalité et cache les dérives que cette situation va entraîner.

Encore une fois, il n’y a rien de nouveau dans le paysage, mais plusieurs évènements liés à Facebook devraient pour le moins alerter l’opinion. D’abord le fait que plus de cinquante millions d’américains ont été influencés lors des dernières élections présidentielles par des campagnes menées sur Facebook par le britannique Cambridge Analytica, qui depuis a mis les clés sous la porte, mais aussi les rumeurs qui tendraient à corroborer le fait que le même Facebook aurait contacté plusieurs banques américaines, dont PayPal, CityBank, JP Morgan Chase, Wells Fargo et American Express, pour qu’elles lui donnent accès aux informations bancaires de leurs clients, histoire d’apporter aux dits clients, des services à valeur ajoutée : sécurité, tableaux de bord…

Manifestement, Mark Zuckerberg n’a pas fini de s’expliquer devant les commissions américaines et étrangères, s’il veut se façonner une image de présidentiable crédible pour les élections de 2020, comme cela se dit de plus en plus, dans les milieux dits « autorisés ».

 

L’incroyable candeur des Etats

Ce qui ne manque pas d’étonner les observateurs indépendants, c’est l’incroyable candeur des Etats, voire leur naïveté, devant cette forme de colonialisme digital, qui les amène lentement mais sûrement vers les mêmes dépendances que celles des précédents « invasions ».

Imaginez déjà un monde sans Internet. La plupart des économies mondiales non seulement « tousseraient » mais sans doute s’arrêteraient ou fonctionneraient en mode dégradé.

Internet et les services GAFA sont devenus omniprésents et aussi indispensables dans la vie économique que le courant électrique et l’eau courante.

Mais alors, pourquoi les états si sensibles pour ce qui est de l’approvisionnement et de leur indépendance vis-à-vis de ces ressources sensibles, n’appliquent-ils pas les mêmes règles pour se démarquer du chemin tracé par l’impérialisme digital. Sont-ils devenus aveugles ? Ou simplement ont-ils perdu la mémoire…