Il y a quelques jours, le groupe IESG (Internet Engineering Steering Group), responsable  d’une bonne partie des standards d’Internet, a dévoilé un nouveau code d’erreur HTTP, le 451, qui va permettre de faire la distinction entre les pages manquantes ou inaccessibles pour une raison technique quelconque et les pages qui « légalement » n’ont pas à être affichées.

C’est ce que l’on appelle habituellement une censure, qui certes existait déjà dans les faits, mais qui est cette fois institutionnalisée. Ce qui à priori, est une bonne chose, qui permet de clarifier le contexte.

Jusqu’à présent, une page pouvait être bloquée intentionnellement et l’internaute qui voulait y accéder voyait apparaître le code erreur 403 (« Forbidden »), sans explication, sur la nature de l’empêchement.

Ce qu’ont fait couramment des pays comme la Chine avec son fameux « Great Firewall », la Russie, la Corée du Sud, voire la « Communauté Européenne » et bien sûr les Etats-Unis.

Cette fois, les choses sont beaucoup plus précises, le code 451 indique qu’il s’agit d’une censure légale, sans que soit nécessairement précisées les raisons de cette censure. Qu’il y a donc une volonté gouvernementale derrière cet empêchement.

A noter qu’il y a une corrélation évidente entre le code 451 HTTP et le roman de Ray Bradbury, « Fahrenheit 451 », dans lequel tout livre est considéré comme illégal, doit être brûlé et leurs propriétaires exécutés. Référence que l’on peut aussi trouver dans le célèbre 1984 de George Orwell, dans lequel un ministère n’a qu’une seule fonction, celle de changer le contenu des livres, au gré de la « vérité » du moment.

Le contexte politique

Il est évident que le contexte actuel est pour beaucoup dans le déploiement de ce code 451. Le terrorisme et les attentats récents expliquent que les grands états de ce monde veulent empêcher la propagande terroriste par Internet et que le meilleur moyen pour y arriver est encore d’agir à la source de ces pages « non souhaitées ».

Toutefois, il subsiste quelques interrogations.

La première est que pour qu’une page puisse être interdite, il faut encore savoir qu’elle existe. Or, il n’y a que deux possibilités pour cela : soit l’avoir déjà vue, ce qui risque d’induire des retards pour l’interdire, comme un malware détecté après qu’il ait accompli des dégâts, soit être interdite « à priori » par le moteur de recherche, parce que contenant des mots clés jugés dangereux. Une troisième peut aussi être d’appartenir à un site jugé terroriste et donc de diffuser des pages à rejeter.

Le problème est qu’Internet est devenu aujourd’hui le premier média de recrutement des troupes terroristes et le premier canal de diffusion de leur propagande. Il fallait donc trouver une parade.

Et le code d’erreur 451 peut y contribuer, à condition que les états jouent le jeu et ne le « déconnectent » pas pour rester anonymes. Ce qui va pourtant arriver dans plusieurs pays, chez qui la censure est évidente, mais n’est pas pour autant, assumée par leurs gouvernements.

Reste à savoir comment les fournisseurs d’accès et grands réseaux sociaux vont se positionner par rapport à la nouvelle « norme ». Vont-ils anticiper et bloquer les pages de leur propre chef ou attendront-ils que leurs gouvernements le leur imposent. Situation que connaissent bien les Twitter, Facebook et Google, qui collaborent déjà à la censure imposée dans certains pays tels que la Chine.