Le réseau social d’entreprise est la transposition dans le milieu professionnel du concept de réseau social de Facebook. L’idée étant de modéliser les relations qu’un acteur de l’entreprise est susceptible d’entretenir avec les autres acteurs, histoire d’optimiser les actions que l’on pourra mener sur lui.

Il fallait s’en douter. Dans la mesure où avec Facebook, on sait qui sont les amis de nos amis et ainsi leur faire partager les émotions exceptionnelles de notre dernier barbecue, il était évident qu’on aurait tôt fait de transposer le concept à l’entreprise. Ce que n’ont pas manqué de faire quelques éditeurs et spécialistes du marketing qui n’ont pas peur du ridicule. Pour aboutir à l’invention du siècle : le graphe social d’entreprise.

De quoi parle-t-on ?

Si l’on en croit ces spécialistes, l’idée est de dresser un inventaire du tissu social des acteurs passifs et actifs de l’entreprise, de préciser leurs relations, de les modéliser, sachant qu’un acteur peut être aussi bien un individu qu’une machine, voire même une idée.

Sur le principe, il n’y a rien à redire, car il est toujours bon de faire un effort de conceptualisation et de modélisation, surtout si l’on a affaire à des organisations complexes et volumineuses.

On peut aussi se dire que plus on connaîtra le tissu professionnel des acteurs et leurs relations intra et extra entreprises, mieux on saura adapter les applications censées leur apporter des services.

Le process n’est d’ailleurs pas vraiment nouveau, car il y a bien longtemps que l’on dresse de tels inventaires, avec les diagrammes entités-relations de Merise par exemple et d’autres langages formels, pour obtenir des modèles de données, avec leur hiérarchie dans un contexte de MDM (Master Data Management), entre autres.

Ce qui nous gêne, c’est le lien artificiel que l’on établit entre le « Social Graph » de Facebook ou Twitter, le « Content Graph » de Google ou le « Professional Connection Graph » de LinkedIn (Microsoft) et les opérations de l’entreprise. Comme si la réussite de ces acteurs était la garantie de notre propre succès.

Le problème est que les contextes et surtout les motivations ne sont pas les mêmes. Pour un réseau social type Facebook, l’objectif est de modéliser les liens entre participants dans une relation de 1 à N, sans vocation d’aller très loin en termes d’introspection, alors qu’un graphe d’entreprise ne veut ni plus ni moins que de modéliser toutes les interactions pouvant exister entre les acteurs, ce qui procède d’une toute autre ambition.

On peut toujours sur le papier dire qu’un tel graphe permettra d’optimiser une fusion ou une acquisition d’entreprise, réduire la prise de risques et les coûts des projets, voire augmenter la productivité des employés, mais on ne voit pas très bien comment y parvenir concrètement.

Le graphe social d’entreprise, n’en déplaise aux prestataires, est un concept brumeux et inutile. Qui ne débouchera que sur une seule certitude, celle de nous faire dépenser des fortunes pour rien.
Une plaisanterie douteuse

Au-delà du simple effort de modélisation, encore une fois utile, l’approche du graphe d’entreprise ne sert manifestement à rien. C’est un concept brumeux, qui joue sur la popularité de Facebook et de Google, pour séduire le « chaland » et lui faire croire qu’en appliquant les mêmes principes, il obtiendra les mêmes résultats en termes d’efficacité et de pertinence, mais cette fois dans son univers.

De notre point de vue, ce graphe social d’entreprise est un trompe l’œil qui ne servira qu’à rémunérer quelques consultants ravis de l’aubaine et qui ne sortiront rien de concret si ce n’est un organigramme de l’entreprise, qu’il aurait suffi de demander dès le début, aux ressources humaines.