Les MOOC : Massive Online Open Courses, sont une tendance que l’on constate depuis quelques années, qui consiste à proposer des cursus de formation pour tout le monde, sans distinction d’auditeurs, basés sur Internet et les technologies modernes de communication.

On aura beau les présenter comme différentes des techniques de e-learning, pour nous ils ne sont que la transcription dans le grand public, de ce qui existait déjà dans l’entreprise.

Et qui, de la manière dont ils sont généralement mis en œuvre, vont directement dans le mur.

D’où viennent les MOOC ?

Comme le rappelle Wikipedia, le sigle MOOC a été inventé en 2008 par le chercheur Dave Cormier de l’Université de l’île du Prince Edouard, au Canada, pour désigner un cours « Connectivism and Connective Knowledge » (CCK08), suivi par des étudiants payants (une vingtaine), de l’université du Manitoba, mais aussi par 2200 étudiants en ligne, qui participaient au-delà de leur PC, via des liens RSS et des outils collaboratifs tels que des posts dans les blogs, voire même des séances dans l’espace virtuel « second life ». C’est l’un des deux animateurs de ce cours, Stephen Downes, qui a fait la distinction entre les cMOOC, plus créatifs et dynamiques que les xMOOC, qui ne sont rien d’autres que des textes numériques montrés à la télévision (selon lui).

En fait, les xMOOC ne sont que la transposition du concept de salle de classe pour un public potentiellement formé de plusieurs milliers de personnes, autrement dit avec maintien du rapport très « top-down » qui s’établit entre le maître et l’élève.

Les cMOOC par contre, sont fondés sur l’idée que les élèves peuvent contribuer à la dynamique du cours et participer à son contenu. A la limite, que nous ne franchirons pas, l’enseignant n’est plus nécessaire, remplacé par des animateurs et des organisateurs. Le pire est à craindre.

Ne pas confondre recherche et enseignement

Comme toujours, il y a sur ces sujets très sensibles, confusion entre ce que l’on pourrait faire et ce que l’on peut faire concrètement.

La recherche est évidemment conviée à trouver des voies nouvelles pour favoriser l’apprentissage et la connaissance, mais ce n’est pas pour autant qu’il faut prendre ce qu’elle dit pour argent comptant.

Car cela fait près de 30 ans, que l’on tente de faire de la formation avec des moyens numériques, e-learning et maintenant MOOC, avec un succès très mitigé. Il faut donc y aller avec prudence et insuffler les techniques nouvelles par doses homéopathiques, sans brûler les étapes et sans remettre en cause les fondamentaux.

Et justement quels sont ces fondamentaux ?

  • d’abord, que les élèves sont des êtres humains, sensibles à l’environnement, qui peuvent être fatigués et moins réceptifs. Qu’apprendre quelque chose qui nécessite de l’attention, si à 2 mètres de vous,  la TV retransmet la finale du « super bowl », c’est difficile…
  • que le moyen de communication Internet, quoiqu’en disent justement les chercheurs, est tout sauf naturel, qu’il faudra compenser par des efforts redoublés de pédagogie.
  • qu’il doit nécessairement y avoir un rapport « hiérarchique » entre l’enseignant et celui qui apprend, ne serait-ce que pour maintenir la crédibilité du cours et la confiance de l’élève.

Nous avons un peu l’impression que les MOOC qu’ils soient « c » ou « x », véhiculent de beaux concepts marketing, pour résoudre le problème du « scaling up » de l’éducation, l’éducation des masses, mais que sauf exceptions, ils n’ont pas sorti grand-chose de présentable.

Et pourtant  ce ne sont pas les exemples qui manquent, toute la planète se précipitant sur ce nouveau filon, le plus souvent sans arrière-pensées financières, mais aussi parfois chez quelques compagnies, dans un cadre « business » affirmé.

Globalement, les « étudiants » intéressés sont plutôt anglophones, tout au moins s’expriment en anglais et sont généralement d’un niveau d’études déjà relevé. Ce n’est donc pas là que l’on trouvera la solution pour faire du « scaling up » dans l’éducation.

De nombreuses universités se sont lancées dans le montage de MOOCs, souvent très prestigieuses, sans que leurs motivations soient très claires. Partager, se montrer moins lointaines, réutiliser des supports qui ne servent pas beaucoup, apparaître modernes aux yeux de leurs étudiants…Il y a sans doute un peu de tout.

C’est le cas de Stanford, de Carnegie Mellon, du MIT, de Berkeley, de l’Université du Michigan, d’Oxford au Royaume Uni, de San José, des grandes universités britanniques, à Birmingham, Edinburgh, en France à Lille et dans les écoles les plus prestigieuses telles que Polytechnique, Centrale, Supelec, etc.

Tous les domaines sont concernés : sciences humaines, littérature, physique, mathématiques, informatique (surtout la programmation), apprentissage des langues, etc.

Il y a également quelques prestataires commerciaux, qui se dégagent du lot : Canvas Network, ALISON, EdX, Coursera, Udemy, P2PU et surtout Udacity. On les désigne plutôt par des fournisseurs de SPOC : Smart Private Online Course. Ne pas confondre avec Monsieur Spoc.

Prestataires dont les grands de ce monde sont les meilleurs clients : Google, Microsoft, IBM, Facebook, Cloudera, NVidia, Salesforce.com, etc.

Ce que doit être une plate-forme MOOC

Un chercheur du MIT disait récemment que dans les années 2040, 50 % des cours seraient dispensés par des MOOC. C’est probablement très optimiste.

Il y aura sans doute de plus en plus de cours de ce type, mais ils ne remplaceront pas les séances traditionnelles. Il s’agira d’un complément, une manière de réviser et de revenir sur des thèmes traités de façon normale, en « présentiel ». Mais certainement pas un « annule et remplace ».

De plus, toutes les matières ne sont pas égales devant cette forme nouvelle d’éducation.

Pour la littérature et les sciences de l’homme nous voulons bien. Qui sont plus narratives dans l’approche éditoriale.

Pour l’informatique aussi, nous pensons que les MOOC seront d’un bon apport. Mais l’informatique n’est pas une science. C’est une technique et à ce titre s’applique parfaitement.

Nous pensons particulièrement à l’apprentissage des langages de programmation, qui ne font pas appel à l’intelligence du développeur, mais à sa mémoire. Si on vous dit de mettre un « ; » à la place du « . » en bout de ligne, très bien. Il n’y a pas à discuter. Ca se compliquera sans doute avec l’apprentissage des frameworks, mais à part chez Google, IBM, Microsoft et quelques autres, ce type de MOOC n’est pas très répandu.

Pour les véritables sciences, comme la physique et les mathématiques, nous serons beaucoup plus sceptiques. Car cette fois, elles font appel à des mécanismes cognitifs très particuliers de notre cerveau, qu’il sera très difficile de mettre en œuvre avec un MOOC.

Essayez d’expliquer le principe d’Heisenberg ou les beautés cachées des équations de Shrödinger à distance…Et croyez-vous vraiment que si Einstein avait connu les MOOCs, il aurait été meilleur en mathématiques…

Car cette fois, dans ce type d’enseignement, il se créée une relation intellectuelle « intime » entre l’enseignant et l’élève, les deux se rejoignant dans un monde étrange, fait d’abstraction et de modélisation. Et il nous semble impossible de faire comprendre à quelqu’un qui a déjà du mal avec le calcul matriciel, les différences qu’il y a entre un tenseur covariant et un tenseur contravariant. Bref, nous ne sommes pas convaincus.

Mais si vraiment il le fallait…

Cela dit, si vraiment le cœur vous en dit, vous pouvez toujours vous lancer dans l’aventure, en tant que promoteur ou élève. Et il peut être utile alors de rappeler quelques principes de ce que DOIT être une telle plate-forme dématérialisée : les 12 lois du MOOC.

Loi 1 : la présence de l’enseignant est essentielle et incontournable. Pas à mi-temps, mais à temps plein. Cela, l’apprenant doit le sentir.

En général, les professeurs n’aiment pas trop ce genre d’exercice, qui leur apparaît (nous les citons), comme une forme d’éducation, dégradée par le nombre de participants.

Pour qu’un MOOC fonctionne, il faut qu’il s’appuie sur un enseignant de qualité, le MOOC ne pouvant pas non plus cacher ses manques et insuffisances.

Loi 2 : La plate-forme MOOC doit être simple d’emploi et « intelligente » pour que l’élève ne passe pas plus de temps à apprendre à se servir de l’outil que de se former sur la matière qu’il a choisie.

Et ce n’est pas gagné.

Nous avons en mémoire quelques plates-formes de e-learning, manifestement conçue par des « pervers » et on ne voit pas pourquoi on ne retrouverait pas quelques MOOC du même type sur le marché.

Loi 3 : sans doute la plus importante. Un GROS effort doit être fait sur la pédagogie des présentations. Chaque matière a ses trucs, de même que les enseignants. L’esthétisme pour les mathématiques par exemple. Il faudra vraiment insister sur cet aspect du cursus de formation et ne pas considérer un MOOC comme un empilement de présentations PowerPoint, exposées par un professeur.

Le problème de l’enseignement se résumant largement pour l’enseignant à trouver le meilleur chemin pour atteindre les bonnes cellules du cerveau de ses élèves, imaginez la difficulté quand ceux-ci sont 100.000 !!!

Loi 4 : valoriser les contenus et attirer les étudiants, qui devront percevoir que celui qui leur explique les messages de la littérature de William Faulkner, y a trouvé du plaisir à titre personnel et  croit à ce qu’il dit.

Loi 5 : L’enseignement est un show. Les élèves sont conviés à un spectacle, qui ne doit être ni triste ni empesé, même si l’on traite des philosophies hindoues. Ceci sans excès, mais c’est souvent dans la forme de la présentation que l’enseignant va trouver la clé pour se faire comprendre.

Loi 6 : il faut que l’apprenant soit dans de bonnes conditions d’écoute et de calme. Une condition que ne peut pas imposer le prestataire, mais qui doit être rappelée en permanence. On ne suit pas un MOOC tout en faisant une « béarnaise » pour ses invités.

Loi 7 : l’interactivité sera portée à son plus haut niveau, en tenant compte du fait que si l’enseignant à 1000 personnes en ligne, il ne pourra pas répondre à tout le monde. Tous les moyens seront bons pour faciliter ce dialogue, sans lequel l’élève va se sentir isolé. Ce qui explique que seulement 4 % des apprenants vont au bout de leur formation.

Loi 8 : prévoir des outils collaboratifs avancés pour permettre aux apprenants de communiquer entre eux, pendant les séances MOOC. Ils se sentiront moins seuls et plus concernés, s‘ils peuvent partager.

Loi 9 : envisager des travaux complémentaires, les « devoirs à la maison ». Le principe peut sembler ridicule au XXIème siècle et parfaitement antinomique avec les MOOC, mais malgré les tablettes, le e-learning, les Watson en tous genres et l’intelligence artificielle, on n’a jamais rien trouvé de mieux que de s’exercer en dehors du cycle de formation. C’est encore la meilleure manière de s’apercevoir que l’on n’a rien compris…

Loi 10 : donner accès à un moteur de recherche sémantique. Si vous vous formez à l’étude des fossiles de 180 millions d’années et que vous ne savez pas ce qu’est une aléthoptéridée (ce qui est regrettable), autrement dit une sorte de fougère, vous devez pouvoir trouver l’information pendant le cycle MOOC.

Loi 11 : adapter le MOOC aux outils mobiles. Sachant que l’enseignement ne se fera pas entièrement à heures fixes et qu’un apprenant pourra éprouver l’envie de continuer son cycle de formation avec une tablette. Il est même probable que ce sera avec ce type d’équipement que se dérouleront la majorité des séances. Penser en particulier à concevoir le code applicatif d’abord pour les tablettes et vérifier ce point auprès des fournisseurs.

Loi 12 : prévoir un suivi et des évaluations. Ce qui là encore peut sembler désuet aux yeux de ceux qui pensent que la moindre évaluation est une atteinte à leur dignité personnelle.

Mais une évaluation réussie, surtout avec un MOOC, qui donne le sentiment d’être perdu au milieu d’une foule d’apprenants, est indispensable, qui donnera de la confiance et contribuera à ne pas abandonner en cours de route.

L’avenir des MOOC

Le plus souvent, les MOOC n’ont pas pour ambition de nous faire passer des examens ou de nous faire acquérir des « credentials ».

Ils nous aideront à approfondir un sujet et porteront rarement sur de longues durées de formation.

Ils seront très utiles pour des personnes qui ne peuvent pas se déplacer ou sont trop éloignés des centres de formation.

Mais ils ne remplaceront pas à moyen terme, quoi qu’en disent les chercheurs, les techniques traditionnelles d’éducation qui ont fait leurs preuves depuis des dizaines d’années. Elles n’en seront que les compléments.

Et c’est justement pour avoir voulu « faire moderne » en donnant des tablettes à tous les enfants, que l’on constate aujourd’hui, qu’ils ne savent ni lire ni écrire. C’est à peine exagéré et partagé par tous les grands pays industrialisés.

Cela dit, il ne faut surtout pas négliger les recherches effectuées dans ce domaine, qui pourront sans doute enrichir l’acte de formation et le faire évoluer vers de nouveaux horizons.

Mais pour l’instant, rien n’est prouvé. Alors MOOC, SPOC, cMOOC et xMOOC, d’accord, mais fondés sur des principes sains auxquels il ne faut pas déroger.