Le gigantesque affrontement qui est en train de se profiler sur Internet concerne trois batailles distinctes : la fourniture des contenus, l’accès à ces contenus et leur transport.

Ce sont trois « spécialités » différentes, qui chacune nécessite des investissements colossaux, que seuls semble-t-il, les GAFA et leurs équivalents chinois sont susceptibles de réaliser.

Nous sommes convaincus depuis toujours que celui qui se placera en bonne position dans ces trois spécialités, sans être nécessairement le leader, dominera le monde Internet pour longtemps.

Et l’annonce récente de la construction par Google d’un nouveau câble sous-marin, baptisé Equiano, pour relier le Portugal à l’Afrique du Sud, contribue à ce scénario, Google détenant 14 câbles en propre ou en partenariat, Facebook le suivant avec 10 câbles, Microsoft avec 4 câbles et Amazon avec 3 câbles. Autrement dit, les GAFA se dirigent vers un monopole da fait.

Le petit dernier de Google exposera une bande passante Google très élevée qui contribuera à désenclaver un peu plus le continent africain, qui fait l’objet désormais de toutes les convoitises (Chinois, Russes, GAFA, etc).

Au total la bande passante fournie par les GAFA va atteindre 339 Tbps, alors que l’ensemble de tous les concurrents réunis sont à 350 Tbps.

A titre indicatif, un débit de 339 Tbps permet d’acheminer simultanément plus de 80 000 vidéos MP4 en haute définition.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’incroyable « présence » de Google dans les câbles sous-marins à fibre optique : 14 réseaux dont le tout dernier Equiano.

Avec Equiano, dont on rappelle qu’il fait référence à Olaudah Equiano, un écrivain qui s’est rendu célèbre par sa lutte contre la traite des noirs dans les années 1780, Google introduit une technologie tout à fait nouvelle sur les fibres optiques, dite par multiplexage par répartition spatiale (SDM), qui multiplie par vingt l’efficacité du transport par rapport à la commutation traditionnelle, fondée sur les longueurs d’ondes.

Equiano sera construit par un consortium dans lequel on trouve Alcatel Submarine Networks et il devrait être terminé en 2021. Il rejoindra ainsi les deux autres fleurons de la technologie sous-marine de Google, Curie et Dunan, ce dernier du nom du créateur de la Croix Rouge pendant la bataille de Solférino.

Incontestablement les GAFA et surtout Google ont mis la main sur ce marché des communications à haut débit filaire, ce que n’ont pas su faire IBM, voire même Microsoft, qui n’a pas toujours été à la fête dans ce domaine.

En tout cas, un chose est désormais très claire : quand vous vous connecterez sur Internet, il est probable que dans votre routage, sans le savoir, vous emprunterez l’une de ces autoroutes sous-marines.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La technologie des câbles consiste à « déposer » dans les fonds marins des câbles renfermant des milliers de fibres à haut débit. Cela nécessite une logistique marine que seules quelques compagnies dans le monde, sont capables de mettre en œuvre.

Les moyens d’accès

Si la bataille pour la suprématie des réseaux à fibre optique sous-marines est encore en cours, il n’en est plus de même de celle des moteurs de recherche.

Car Google a depuis longtemps « raflé la mise » et les concurrents tels que Bing (Microsoft) et Yahoo, font de plus en plus figure de faire valoir.

Voilà donc deux atouts maîtres entre les mains de Google.

Reste le troisième volet, celui des contenus.

Et là, ce n’est plus du tout la même histoire. Car accéder à un contenu, c’est une chose, le produire en est une autre et les GAFA malgré leurs ressources financières ne pourront pas s’accaparer tous les contenus de la planète. Ils ne pourront pas racheter toutes les chaînes de télévision, toutes les radios, opéras, bibliothèques, tous les musées, etc, tout au plus pourront-ils établir des liens vers ces sources de contenus ou conclure des accords bilatéraux, le dernier mot restant toujours aux producteurs.

Si Time Warner a été racheté par AT&T, c’est pour cela. Si le groupe immobilier français Bouygues a racheté la chaîne de télévision TF1 et créé Bouygues Télécoms, c’est aussi pour cela.

Car les plus beaux tuyaux du monde, fussent-ils en multiplexage SDM, ne serviront à rien s’il n’y a pas un contenu de qualité à transporter.

C’est le grand défi de demain. Un affrontement planétaire qui mettra aux prises les transporteurs, autrement dit les opérateurs de télécoms, les GAFA et les détenteurs du savoir. Les GAFA ayant pour eux l’avantage de la surface financière, alors que les prestataires du savoir, tirent le diable par la queue pour joindre les deux bouts. Mais le savoir est quand même chez eux.

Désormais, tout ce qui touchera aux télécommunications à grande envergure, filaires ou sans fil, devra être décodé avec cet affrontement en arrière-plan.

Le danger étant qu’un petit groupe d’acteurs puisse progressivement prendre le contrôle de ce qui constitue le patrimoine de l’humanité.

C’est cela l’enjeu et il est effrayant.

Google a des « fers au feu » partout

Il apparaît clairement en 2019 que Google et Facebook ont les dents particulièrement longues. Surtout Google qui est déjà présent dans de nombreux domaines fournisseurs de contenus, dispose de partenariats avec des universités de renom dans le monde entier, est présent dans le domaine médical, dans celui de l’Intelligence Artificielle, dans les technologies de l’éducation, dans la recherche, là encore par le biais de partenariats prestigieux.

Il n’a certes pas encore racheté le musée de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg, le British Museum ou le Louvre à Paris, mais si cela se produisait, personne n’en serait véritablement étonné. On pourra aussi penser que ce serait une affaire de « gros sous ».

Globalement et Equiano est un nouveau jalon dans cette perspective, nous pensons que si le XXème siècle a été celui de l’épanouissement technologique, le XXIème sera celui de la constitution d’un nouveau pouvoir, avec des prestataires bicéphales, maîtres des tuyaux et de leurs contenus.

Cela devrait vous rappeler quelque chose. N’était-ce pas dans « 1984 » que George Orwell décrivait une société où la « vérité » était réduite à l’état de paramètre qu’un ministère pouvait manipuler à sa guise. Remplacez vérité par savoir. Le résultat sera le même.

Aussi plutôt que de nous appesantir sur le triste sort réservé à nos données personnelles, nous ferions sans doute mieux de nous inquiéter du danger potentiel que pourrait représenter la concentration des pouvoirs en une seule main : technologie et savoir.

C’est exactement ce qui se passe avec Equiano.

N’oublions pas, enfin, que Google a dépensé 47 milliards $ depuis cinq ans pour ses infrastructures de fibres optiques. Ne croyez surtout pas que c’est pour aller dire bonjour aux poissons.