Google a la réputation d’avoir beaucoup d’imagination, de lancer de très nombreux projets sur lesquels il communique beaucoup, mais d’en arrêter également de nombreux…sur lesquels il communique moins…
C’est ce qui semble se passer avec Google Fiber, lancé il y a 6 ans et que l’on appelle désormais Access. Car ce projet qui visait à équiper les grandes métropoles américaines par des fibres optiques, ne semble plus avoir l’appui d’Alphabet, la maison mère de Google, dirigée par Larry Page, l’un des 2 fondateurs emblématiques de Google.

Celui-ci vient de demander à sa filiale de faire des économies importantes et de revenir à des effectifs de 500 employés, selon en tout cas le site spécialisé et souvent bien informé, « The Information ».

Google a sans doute vu un peu trop grand, ce qui lui arrive quand même souvent.

Il s’est d’abord montré trop optimiste quant à l’afflux de nouveaux clients, avides (…) de se connecter à 1 Gbps sur les sites de services maison.

Et Google a sans doute oublié que les américains ne sont pas les plus accros d’Internet, loin de là, puisqu’une récente étude publiée par Akamai ne « pointe » pas les Etats-Unis parmi les 10 premiers pays en matière de connexion à haut débit, avec des moyennes de connexion de 10 à 25 Mbps selon les états.

Pour l’instant, Alphabet n’a connecté que 7 villes et s’interroge sur les coûts élevés que la technologie de fibre induit, qui l’incitent par exemple à remettre à plus tard le câblage de Portland et de San José.

En fait le problème que rencontre Alphabet/Google est celui des technologies alternatives pour atteindre le haut débit. Avec la fibre, il faut creuser des tranchées, des chantiers de génie civil qui représentent à eux seuls la moitié des investissements. Il faut faire passer des câbles optiques, installer des plates-formes de surveillance et de maintenance, tout cela pour un débit de 1 Gbps nominal (beaucoup moins en réel), les fibres étant de type multimodes, pour ce genre d’installations.

Or cette barrière du Gbps, au-delà de laquelle on commence à parler de très haut débit et que vise Google, peut maintenant être atteinte par d’autres moyens.

La fibre optique présente beaucoup d’avantages, mais pas celui du prix, car les chantiers sont toujours compliqués, soumis à la règlementation des villes, qui nécessitent des investissements considérables.

Le cuivre tout d’abord, ce qu’est en train de montrer AT&T avec ses essais sur G.Fast, mais aussi et surtout le sans-fil. Cellulaire avec la LTE-A 4G, qui nous amène en nominal à peu près au même débit, en attendant la 5G qui sera là dans 4 ans, avec un débit théorique de 10 Gbps et une efficacité spectrale de plus de 30 bits/sec et par hz, ce qui en donne une idée très flatteuse en termes d’efficacité.

Sans oublier le Wi-Fi, qui avec le 802.11ac atteint des niveaux proches. Une technologie que Google connaît particulièrement bien.

Or Google n’est pas aveugle. Il se rend bien compte que les investissements sur le sans-fil sont sans commune mesure avec ce qu’il pratique avec la fibre, pour des performances équivalentes, mais aussi une liberté que l’on n’a pas avec la fibre.

C’est sans doute pour cela que Google a racheté une « jeune pousse », Webpass, un fournisseur d’accès à haut débit sans-fil, qui est présent dans plusieurs grandes villes américaines, parmi lesquelles San Francisco et Chicago.

Pratiquant Google depuis de nombreuses années, il y a des signes qui ne trompent pas.

Fiber/Access n’apparaît plus individuellement dans les comptes de la Compagnie. Ils sont désormais noyés dans ce que Alphabet appelle les « autres paris », aux côtés de Verily, spécialiste des sciences de la vie et des accessoires domotiques Nest, des paris qui ont creusé le résultat opérationnel de 1,6 milliard $ et « avalé » près de 600 millions $ d’investissements.

Il serait très étonnant que Larry Page, peu connu pour ses gabegies financières, acceptera de continuer longtemps à ce rythme.

Notre pronostic : Google va vendre son activité fibre et se rapprocher d’un véritable spécialiste de la fibre optique, non pas pour connecter ses clients, mais pour construire les backbones dont il aura besoin pour ses réseaux « wireless », qui sont sa véritable spécialité.