Dans le même esprit qui lui a permis d’élaborer l’offre OCP (Open Compute Project), une plate-forme ouverte pour construire et « emboîter » des systèmes de calcul et de stockage, l’essentiel d’un datacenter, tout en respectant un certain nombre de principes d’ouverture et de respect de l’environnement, Facebook remet ses idées en action, pour élaborer cette fois, une offre « universelle » de raccordement sans-fil aux infrastructures existantes, histoire de brancher les quelques 4 milliards d’individus, que Facebook estiment ne pas pouvoir se connecter dans des conditions correctes.

Entendons-nous bien, il ne s’agit pas d’un autre projet de drones (il en a déjà un) ou de satellites à très basse altitude, mais d’une solution qui permettra aux défavorisés de se brancher sur des infrastructures existantes, mais trop éloignées ou inaccessibles pour des raisons techniques.

On retrouve bien là la volonté de Mark Zuckerberg de contribuer à ce que chaque individu sur la planète puisse bénéficier de ces fameux accès, sans qui, il le sait bien, il ne peut y avoir égalité des chances devant l’information, la formation et…l’emploi.

Les objectifs d’Open Cellular

L’idée que poursuit Facebook, est de fournir un moyen à des opérateurs locaux, mais aussi à des entreprises, de raccorder plus de monde à un réseau existant, de la 2G à la 4G LTE, mais aussi à des réseaux Wi-Fi, sans que cela n’induise des coûts exorbitants, en particulier pour tout ce qui est génie civil, installation des tours, achat des terrains, etc, qui globalement peuvent être plus onéreux que le réseau sans-fil proprement dit.

L’idée est sans doute ambitieuse et si Open Cellular rencontre le même succès qu’avec OCP, que la plupart des intégrateurs ont désormais adopté, il a toutes les chances d’atteindre ses objectifs d’universalisation d’accès à Internet, plus en tout cas que son projet de dizaines de milliers de drones nécessaires pour couvrir les multiples zones blanches de la planète, qui vont poser de tels problèmes de logistique et de maintenance, qu’il risque fort de ne jamais dépasser le stade du POC (Proof of Concept).

Les équipements constitutifs d’une offre Open Cellular ont pour vocation d’être installés par des petites entreprises, voire par des personnes seules. En tout cas, par de multinationales…
Une première station matérielle de base

Dans une première étape, Facebook propose deux sous-systèmes, un GBC (General-Baseband Computing) et un frontal radio.

Le GBC est constitué d’une alimentation, d’un boîtier comportant la micro-électronique adéquate, un module de synchronisation, des capteurs (température, tension, intensité) et d’un mécanisme de contrôle. Normalement il doit s’adapter à différentes formes d’alimentation, électriques habituelles, mais aussi solaire, batteries, etc, de manière à pouvoir s’installer dans des zones déshéritées, dépourvues justement d’alimentations dignes de ce nom.

L’interface radio existe en deux versions : une logicielle de type SDR (Software-Defined Radio) ou implémentée dans un chip SoC, avec deux configurations, soit comme un réseau complet (« Full-Network-in-a-box »), car la carte fille est combinée avec le GBC précédent, soit comme un point d’accès (uniquement SoC), quand la carte fille fonctionne de manière autonome, sans GBC.

Evidemment tout cela sera transparent pour les usagers, mais les entreprises qui vont se découvrir des dons d’intégrateurs, voire de très petites entreprises, seront très vite familières avec ces concepts.

Partant du principe que les zones blanches à raccorder seront rarement des jardins d’Eden, Facebook a fait en sorte de durcir ses équipements pour qu’ils supportent des conditions environnementales délicates : température, vent, etc. De plus, ils ont été conçus pour être installés par une seule personne, le produit fini pouvant ne représenter que quelques dizaines de cm de hauteur ou s’apparenter à une véritable tour. Et là il lui faudra un peu d’aide…

Tout est possible et justement Facebook, s’est organisé pour que l’on ne puisse pas lui opposer des conditions d’installation extrêmes.

Les différents blocs constitutifs de l’offre actuelle Open Cellular. Ce n’est qu’un début…
Un OS dédié

Pour pouvoir fonctionner loin de toute organisation de maintenance, Facebook a joué la carte de l’autonomie et a doté son système « Wireless » d’un véritable système d’exploitation, susceptible de conférer aux équipements, des capacités de reconfiguration et d’adaptation automatique aux conditions ponctuelles de fonctionnement.

C’est aussi grâce à cet OS que des techniciens experts (le deuxième rideau), pourront intervenir à distance et monitorer l’installation.

L’avenir

L’originalité de la solution Open Cellular est qu’elle s’adapte aux infrastructures existantes, auxquelles elle pourra se raccorder et dont elle pourra constituer une sorte d’extension compatible, un peu dans l’esprit des « small cells ». Il ne s’agit donc pas de remplacer les réseaux existants, mais tout au plus de les étendre…là où ils sont les plus attendus.

Toutefois, son véritable intérêt nous semble venir de ce que la technologie est démocratisée et mise à la portée de tous. C’est l’électricien d’un village au fin fond de la campagne, qui pourra procéder à l’installation, qui pourra s’appuyer sur une offre, d’autant plus fournie que les spécificités électriques, d’interface radio et logicielles sont ouvertes et versées en Open Source.

Facebook n’en est cependant actuellement qu’aux débuts de son chemin. Il lui faudra du temps pour convaincre ses partenaires d’investir et de se former à Open Cellular. Mais l’idée est bonne et on ne voit pas pourquoi, en restant les pieds sur terre, il n’obtiendrait pas les mêmes résultats qu’avec OCP. C’est en tout cas, tout le mal qu’on lui souhaite.