Il faut croire que les grands éditeurs n’ont jamais tenu un smartphone entre leurs mains, pour s’être avérés incapables de nous fournir un navigateur adapté aux conditions souvent « extrêmes » dans lesquelles nous avons à l’utiliser. Ce n’est pas le cas du norvégien Opera avec son Touch qui pour une fois tient compte de cet environnement particulier.

 

Contrairement à un desktop, on se sert généralement d’un smartphone en dehors du bureau et de son domicile, en déplacement, dans les transports, dans la rue, avec du bruit autour, des conditions d’éclairage parfois insuffisantes et des gens qui nous bousculent. De plus quand on se déplace, on est généralement encombré par un sac, un attaché-case, des documents, qui nous occupent une main au minimum. Or, si l’on ne s’est pas trompé dans nos calculs, 2 mains moins une main occupée, il nous reste une main de libre. Et c’est avec cette main unique qu’il va nous falloir à la fois tenir le smartphone, naviguer dans les sites et parcourir des services qui n’ont évidemment pas été prévus pour cela.

Or, aucun grand acteur, ni Apple, Ni Google, ni encore moins Microsoft, ne se sont préoccupés de ces conditions. Sans doute se sont-ils imaginés qu’il nous restait deux pieds, voire le nez et les oreilles pour manipuler le browser.

Opera Software, contrairement à eux, s’est imprégné de ce contexte et a imaginé une version de son navigateur, susceptible de nous faciliter la tâche. Il s’agit d’Opera Touch, accessible sous Android et iOS, totalement différent de ses concurrents, dont on peut espérer qu’il fasse monter les parts de marché de la compagnie, ce qui nous semble toutefois hautement improbable, au moins dans le monde professionnel.

Avec Touch, dès lors qu’il est actif, le champ de saisie du moteur de recherche (Google par défaut) est ouvert, dans lequel on peut saisir les critères, sans avoir au préalable à se connecter à une URL spécifique. De la même manière, si l’on ne peut pas se passer de l’interface vocale, celle-ci est affichée par défaut, en bonne place, sans que nous soyons obligés de nous contorsionner pour l’atteindre.

Par ailleurs, toutes les fonctions vitales sont accessibles à partir d’un seul bouton, installé au milieu dans la partie basse de l’écran. La tour de contrôle.

Ce bouton permet par exemple d’accéder à l’historique de nos navigations, mais surtout d’envoyer le contenu actuellement consulté vers une nouvelle fonctionnalité, dite « Flow ».

Ce Flow est une sorte de fil de discussion privé, qui assure plusieurs fonctions : la synchronisation de Touch avec un navigateur PC, envoyer et enregistrer des liens d’une plate-forme à l’autre et reprendre, là où on l’a laissée, la recherche et l’analyse de documents empilés.

Opera insiste beaucoup sur cette fonctionnalité, qui lui permet de relier les deux mondes, le smartphone avec une navigation d’une seule main et le desktop où les conditions de navigations sont plus aisées, mais avec lesquelles on ne perdra plus de temps à récupérer les contextes de nos travaux démarrés sur mobile.

Pour synchroniser le smartphone avec un PC ou un Mac, il n’est pas nécessaire de passer par un compte « commun ». Il suffit de scanner un QR code qui va établir un lien vers notre propre « Flow ». Une procédure on ne peut plus simple.

Opera Touch est-il crédible ?

Il y a deux manières de répondre à cette question.

Techniquement la compagnie éponyme est un agitateur d’idées et son rôle est d’inventer des process nouveaux. De ce point de vue, elle est parfaitement crédible, si l’on considère que la technologie est un but.

D’un autre côté, Opera Software n’existe quasiment pas sur le marché des navigateurs et on voit mal une grande compagnie lui faire confiance, puisqu’elle représente moins de 0,3 % des usagers mobiles, soit un utilisateur sur 300 environ, là où Google culmine, avec 65 % de parts de marché (chiffres Net Applications de mars 2018). De sorte que l’on peut très bien imaginer que les usagers du grand public, pourront être séduits, qui apprécieront d’être à la pointe du progrès, mais ce ne sera pas le cas du monde professionnel, figé derrière deux critères de base : la pérennité du fournisseur et les API nécessaires pour développer les applications.

Comme avec la précédente version Neon d’Opera, saluée « par la critique » comme pleine d’idées intéressantes, Touch recueillera de nombreux témoignages de satisfaction…mais cela ne fera sans doute pas bouger d’un iota ses parts de marché professionnelles.

Vous avez dit décourageant ?