A l’occasion de l’ouverture d’Oracle OpenWorld à San Francisco, le Chairman exécutif d’Oracle, Larry Ellison, plus que jamais aux commandes de la compagnie, a présenté sa feuille de route et les directions qu’il entendait faire prendre à sa compagnie dans les années à venir.

Et ces directions sont très clairement celles du Cloud, domaine dans lequel il ne reconnaît pas à IBM et SAP une influence déterminante. Une manière comme une autre d’essayer de récupérer une partie des marchés occupés par ces deux acteurs.

Pour ce qui est d’IBM, Larry Ellison a annoncé un accord avec Intel, dit « Exa Your Power » pour proposer un POC : Proof of Concept gratuit, aux utilisateurs qui voudraient migrer d’une plate-forme Power d’IBM (processeur RISC), vers une plate-forme Xeon (x86) d’Intel. Oracle n’hésitant pas à estimer que ce serait un moyen pour eux de rajeunir leur infrastructure et de la rendre plus efficace…en allant évidemment vers l’offre « Oracle Engineered Systems ».

Admettons. Larry Ellison peut toujours croire (et c’est son rôle) qu’il possède la plate-forme la plus performante au monde. Mais de là à dire que des milliers d’utilisateurs sont prêts à le suivre, il y a un pas à franchir, qui tient plus de la « foi du charbonnier » que des réalités du marché.

Mais Ellison n’en a pas que pour IBM et SAP. Il a aussi en ligne de mire Mark Benioff, le patron emblématique de Salesforce et surtout un ancien d’Oracle, à qui il reproche sans doute d’être parti mais surtout d’avoir eu raison avant tout le monde sur un créneau du CRM Cloud, que toutes les compagnies présentes sur ce marché raillaient, avant que Salesforce n’apporte la preuve de sa perception du futur.

On imagine très bien que Larry Ellison regrette aujourd’hui de ne pas avoir eu les mêmes idées, si possible un peu plus tôt que Benioff.

Pour donner de poids à son raisonnement, Ellison a affirmé qu’il dépasserait les 1,5, voire les 2 milliards $ en nouveaux contrats SaaS et PaaS à la fin de son exercice fiscal en juin 2016.

Ce qui nous paraît quand même beaucoup quand on songe que AWS (Amazon) n’a déclaré « que » 6 milliards $ de chiffre d’affaires. Les domaines sont certes différents, plus IaaS que SaaS chez Amazon, mais on est quand même dans le même domaine.

Pour faire bonne mesure, le n°1 d’Oracle a précisé qu’il pouvait compter désormais sur 1.300 clients pour son ERP version Cloud, de l’ordre de 5.000 clients pour la gestion des Ressources Humaines dans le Cloud (y compris les clients de Taleo, racheté en 2012) et 5.000 clients pour son CRM.

Sans vouloir le décourager, il faudrait peut-être rappeler à Oracle que Salesforce table aujourd’hui sur … 100.000 clients dans le monde, il est vrai généralement des petites entreprises et donc qu’Oracle est encore très loin, dans ce domaine, des prouesses de Benioff.

Et de rappeler également à Oracle que Microsoft aurait proposé plus de 50 milliards $ pour racheter Salesforce, ce qu’il n’aurait pas fait, si la compagnie de Benioff n’était qu’un « paper tiger ».

Des applications pour le Cloud

Le patron d’Oracle a également a annoncé plusieurs logiciels métiers nouveaux, exploitables en mode SaaS dans son Cloud, qui ont été construit avec l’aide du middleware Fusion, une incontestable réussite qui a permis de transformer et moderniser une offre de grands logiciels métiers incohérente et redondante, en une bibliothèque de services, parfaitement délimités et complémentaires. Fusion étant à notre sens, l’une des plus grandes réussites en matière d’urbanisation métier, un exercice que n’a pas su accomplir SAP, par exemple.

Les logiciels concernés appartiennent au monde de la logistique industrielle (« Supply Chain ») et du e-commerce.

Un autre produit très intéressant s’applique au e-learning. Ce logiciel est désormais associé à tous les produits Oracle en tant que plate-forme d’apprentissage des produits achetés, mais va également servir aux Ressources Humaines des compagnies clientes pour accompagner la formation de leurs propres employés sur leurs produits, avec un historique de ces apprentissages et des recommandations pour les vendre. Tout ceci étant intégré au dossier des employés.

Sur le front des bases de données

Contrairement au CRM cher à Salesforce, Oracle n’a pas grand-chose à craindre sur le marché des bases de données. Il est l’incontestable n°1 et la dernière version du SGBD Oracle, la 12c release 12.1, ne fait que confirmer cette tendance, qui est désormais dotée d’une option « multitenant », pour permettre à différentes entités de se partager la même base. Et Ellison d’affirmer que la prochaine version, 12.2, pourrait supporter jusqu’à 4000 tenants différents, chiffre qui plafonnait à 256 avec la version précédente. Capacité qui va évidemment prendre toute son importance dans le contexte de Cloud.

Dans le domaine du BI, Oracle a annoncé que son offre Exadata, système complet matériel et logiciel, bien connu dans les configurations « On Premise », serait disponible dans les mêmes conditions dans le Cloud. Qui, on le voit bien, est la cible n°1 des développements de la compagnie.

Par contre, le futur service Cloud de Big Data nous semble beaucoup plus nébuleux, dont on a encore du mal à cerner les véritables capacités.

Parmi les autres nouveautés, bien qu’il n’ait pas été beaucoup question de Java à San Francisco, il faut signaler l’apparition d’un serveur d’application Java WebLogic en version multitenant, architecturé en mode tolérance de pannes, pour garantir sa disponibilité.

Ce qui montre au passage la volonté de Larry Ellison d’être présent dans les 3 principaux domaines du Cloud, IaaS, avec encore beaucoup de chemin à faire, PaaS et SaaS.

A noter enfin l’apparition de la technologie RAC : Real Application Clusters, dans le Cloud, pour implanter une base de données « maison » dans une configuration cluster, toujours pour garantir sa disponibilité.

Beaucoup de véhémence

Larry Ellison est fidèle à son image : agressif, ambitieux et déterminé. Mais sans doute pas aussi visionnaire qu’il souhaiterait l’être. Car au fond, hormis les SGBD relationnels, il est plus souvent suiveur, comme on dit au Gartner, que leader. Dans les bases NoSQL, il a pris le train en marche, mais ne brille pas par la pertinence de son offre. Dans le domaine du BI, sa présentation de San Francisco, « comme » Tableau, ne brillait pas par son originalité, de même que pour les modes BI « In-Memory ». Et nous ne saurions oublier de rappeler l’échec cuisant qu’il est en train de constater sur la base MySQL, que les grands de ce monde, à commencer par Facebook, sont en train d’abandonner.

Quant à Java, c’est bien beau d’avoir sorti une version multitenant de Web Logic, mais dans ce monde du développement, ce n’est pas Oracle qui a les idées, mais Apache.

Et le « keynote » d’OpenWorld ne changera rien à notre perception.