On ne pourra pas dire que nous n’avons pas été prévenus. Pendant toute sa campagne, le président élu américain, Donald Trump, n’avait pas eu de mots assez durs, pour dire ce qu’il pensait de la neutralité d’Internet. En gros, qu’il n’admettait pas que les gros consommateurs de bande passante Internet, Netflix par exemple qui compte pour 35 % du trafic en Amérique du Nord, ne soit pas taxé à hauteur de sa consommation.
Et que d’une manière générale les fournisseurs de contenus, à condition qu’ils en aient les moyens, devaient s’acquitter de la consommation qu’ils entraînent sur le réseau.

Nous avons toujours défendu la même thèse, partant du principe qu’il y a de nombreux acteurs sur Internet, les opérateurs entre autres, qui ne sont pas rémunérés à hauteur des investissements qu’ils ont consentis.

C’est une simple réalité industrielle, la même qui au péage des autoroutes, fait payer les camionneurs une taxe plus élevée que celle d’une simple voiture de tourisme. Partant du constant que la charge ramenée à l’essieu est plus importante pour un camion et que celui-ci dégrade donc plus le revêtement, qu’un véhicule léger, d’où une certaine distinction financière…

Sur Internet, curieusement, ce constat n’est pas appliqué. Tous les fournisseurs de contenus sont traités à la même enseigne, ce dont profitent les « gros joueurs », qui font ce qu’ils peuvent en lobbying, pour maintenir la situation en l’état. On les comprend…

L’ennui, c’est qu’un nouveau président a été élu et que l’une de ses premières tâches a été de nommer Jeff Eisenach et Mark Jamison, au titre de conseillers, pour qu’ils l’assistent dans la mise en oeuvre d’une nouvelle politique de télécommunications, à travers la FCC.

Or, on se souvient que Jeff Eisenach a travaillé en tant que directeur du « Center for Internet, Communications and Technology Policy », le CICT et qu’il n’a pas épousé dans ce contexte, les mêmes idées que celles de Barak Obama, loin s’en faut.

Quant au Dr Mark Jamison, directeur du PURC (Public Utility Research Center) à l‘université de Floride, il n’est pas réputé pour être un défenseur convaincu de la neutralité d’Internet.

Donald Trump, n’a pas tardé à mettre ses actes en phase avec ses paroles. En nommant les Dr Mark Jamison et Jeff Eisenach à la Maison Blanche, c’est le principe même de la neutralité Internet qui va voler en éclats.
Tout va changer

Avec ces nominations, Donald Trump annonce la couleur. La neutralité va passer à la trappe et un nouvel ordre Internet va s’installer, plus près des réalités industrielles que le précédent.

Ce n’est d’ailleurs pas seulement la neutralité qui va sans doute disparaître, mais aussi d’autres dispositions, telle que celle initiée par la FCC, pour distribuer des subventions aux foyers américains les plus modestes, pour leur permettre de s’équiper en connexions large bande.

En tout cas, c’est ce que l’on peut imaginer.

Sauf, que les milieux « modernistes » de la Silicon Valley sont totalement contre ce nouvel ordre et qu’ils vont le faire savoir ces prochains mois. Le torchon brûle c’est indéniablre…

Au-dessus de la mêmée, il nous semble qu’il faille répondre à une question fondamentale. Les Etats-Unis ont-ils les moyens et l’influence suffisants pour imposer leur volonté et briser la dynamique Internet à leur seul profit. Car derrière des dispositions très orientées vers le marché américain, Donald Trump prend un grand risque, celui de s’isoler, alors même qu’Internet a été la plus extraordinaire réussite de mise en commun des savoirs et compétences technologiques, depuis les débuts de l’ère industrielle, dont les USA ont été les premiers bénéficiaires.

On peut toujours penser qu’il est normal de rétribuer à leur juste mesure les acteurs de la grande scène Internet, ce qui est la principae raison de la fin de la neutralité et nous en sommes, mais il faudra prendre garde à ne pas désespérer ceux qui ont trouvé dans ce creuset une fantastique vitrine pour exposer leur travail et communiquer tous azimuts.

On peut espérer que Mark Jamison et Jeff Eisenach iront rendre une petite visite à  quelques grandes universités américaines : Stanford, Berkeley, etc, ainsi qu’à quelques centres de recherche, dont le célébrissime MIT. Ils se rendront compte que ces établissements prestigieux sont la copie conforme d’Internet : le pouvoir pris par des jeunes « pousses », une tour de Babel avec des représentants de tous les pays du monde et en particulier, européens et asiatiques. Et que tout ce petit monde est né avec Internet, qui leur semble aussi naturel dans son fonctionnement que les Kellogs au breakfast.

Alors attention, l’édifice est fragile et quelques manipulations trop brutales, pourraient faire voler en éclat ce qui devrait faire la force du réseau, son égalitarisme d’accès.

Alors nous on veut bien que quelques riches éditeurs soient recadrés, mais attention quand même…