A la fréquence d’une découverte tous les mois, les chercheurs nous annoncent avoir trouvé la « pierre philosophale ». Il s’agit parfois d’une batterie qui ne s’épuise jamais, parfois d’un processeur qui « va plus vite » que la lumière, bien que le grand Einstein ait dit que ce n’est pas possible et parfois aussi d’une mémoire de stockage, qui tutoie les atomes.

Et à chaque fois on tombe dans le panneau, car sans chercher à savoir si l’invention est viable, on extrapole tout de suite pour essayer de comprendre ce que cela voudra dire concrètement.

C’est ainsi qu’IBM nous avait vanté un temps sa merveilleuse invention du millipede, une mémoire de masse capable de « stocker » tous les numéros de téléphone de la planète, sur un petit carré d’un pouce de côté. Magnifique, sauf que 15 ans après on attend toujours…

Une mémoire de masse de 360 TB

Cette fois, il s’agit encore d’une mémoire de masse, qui se présente sous la forme d’un mini-disque de quartz de la dimension d’un bouton de chemise, capable de stocker jusqu’à 360 TB de données. Inventée, nous n’osons pas dire mise au point, par des chercheurs de l’université de Southampton en Angleterre, elle présente la particularité de ne pas se dégrader aux températures ambiantes. Et si subitement il se mettait à faire 190 °C à Southampton, ce qui est quand même peu probable, les données seraient conservées pendant 13,8 milliards d’années. Ce qui devrait nous donner le temps de trouver quelque chose d’encore plus résistant…

Pour réaliser cet exploit, les chercheurs se sont servis d’un laser Pharos pour inscrire les données à une fréquence femto, c’est-à-dire toutes les 10-15 secondes, soit tous les millionièmes de milliardièmes de seconde.

Le laser émet donc de très courtes impulsions, avec un signal très rapide et puissant et inscrit, selon les chercheurs, l’information dans une structure de quartz dite 5D.

Et c’est là où ça devient un peu compliqué.

Si on se réfère au document publié par l’université de Southampton en 2013 : « 5D Data Storage by Ultrafast Laser Nanostructuring in Glass », sous la signature des chercheurs Jingyu Zhang, Mindaugas Gecevicius, Martynas Beresna et Peter Karansky, les 5D correspondent à cinq dimensions, les 3 dimensions spatiales habituelles et 2 dimensions supplémentaires, « slow axis orientation » et « strength of retardance ». La « slow axis orientation » fait référence à la polarisation moléculaire qui peut se faire selon 2 axes, lent et rapide, la lumière polarisée selon une direction parallèle à l’axe rapide traversant le matériau plus rapidement que si elle est parallèle à l’axe lent.

Là on est dans ce que l’on appelle la biréfringence optique, ces deux critères étant contrôlables par la modularité et l’intensité du laser incident.

Si on se résume pour des bipèdes, pas nécessairement au fait de la structure moléculaire des matériaux, l’université de Southampton a mis au point un mécanisme d’écriture via un laser très rapide, d’une structure moléculaire de verre, de données stockées par 5 paramètres, les fameuses 5 dimensions, qui et c’est ça qui semble fantastique, ne se dégradent pas dans le temps pendant des milliards d’années, sauf à se promener à la surface du soleil. Et pour faire bonne mesure capable d’atteindre les 360 TB sur quelques mm². Ouf !!!

Des références qui frappent

Pour marquer les esprits, les chercheurs de Southampton ont enregistré quelques « petits » documents, la « Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, la bible du « King James » de 1611 et la fameuse « Magna Carta Libertatum » du roi Jean Sans Terre.

Autant de documents, si la technologie de Southampton s’avère crédible, survivront à la race humaine, sans détérioration majeure.

Nous connaissons beaucoup de bibliothèques dans le monde qui seront intéressés par cette découverte…

Petite ombre au tableau, l’équipe de Southampton précise qu’elle est à la recherche de sponsors et de partenaires industriels, susceptibles de pérenniser son invention. Ce qui est étonnant, si l’on se souvient que le procédé a déjà plus de 2 ans d’existence.