Avec l’arrivée des mobiles, le paysage des systèmes d’exploitation est en train de se transformer radicalement. On passe d’un monopole de Windows sur les machines des clients à un déferlement de Linux, ce que même Microsoft reconnaît. Aussi pour les TI est-il temps, si ce n’est pas déjà fait, de se familiariser avec cet environnement, qui d’ores et déjà est largement majoritaire sur la plupart des plates-formes.

Pour conforter cette thèse de l’avancée inexorable du système, la Fondation Linux, il est vrai « plutôt orientée » vers son propre OS, vient de publier une étude qui fait le point sur sa galaxie, ceci à l’occasion du Linux Kernel Summit, qui s’est tenu à Praque, en République Tchèque.

Une étude qui fait état de chiffres tout à fait étonnants, qui nous confortent dans l’idée que l’avenir n’appartient pas à Windows, mais bien à Linux.

Ce qui ne nous étonne pas, car il s’agit d’une évolution toute naturelle, sans confrontation entre les deux OS, simplement induite la percée des mobiles, pour qui depuis longtemps la question ne se pose même plus.

Tenez-vous bien, les chiffres sont étonnants.

82 % des smartphones sont dotés de Linux, grâce à Android qui est un fork de ce système, mais aussi iOS qui est un dérivé de Mach, une version Unix, relativement proche de Linux, sans oublier quelques « comparses » comme Samsung et Tizen et surtout les chinois qui ont développé trois forks d’Android et donc de Linux : Alibaba, Tencen et Xiaomi.

62 % des systèmes embarqués sont également fondés sur Linux, les intégrateurs trouvant dans l’écosystème Linux, à la fois l’indépendance par rapport à un quelconque éditeur, mais aussi l’environnement et la créativité techniques qui lui sont nécessaires.

Ajoutez à cela que 99 % des superordinateurs sont équipés d’une version Linux adaptée et vous aurez une idée de ce qui n’est plus une tendance, mais un raz de marée, un tsunami.

Le noyau (kernel) Linux est au cœur des distributions élaborées par des tiers, dont on espère qu’ils le respectent, de manière à garantir la compatibilité entre les applications. Compte tenu de la complexité du montage et des besoins qui changent en permanence, ce n’est pas gagné (Illustration : Conan sur Wikipedia anglais)
La foule se presse

Si l’on regarde l’évolution du noyau Linux, on s’aperçoit qu’elle n’est plus le fait de quelques « hurluberlus boutonneux », comme cela a pu être le cas à la fin des années 90, mais celui d’une communauté très organisée à laquelle participent Intel, Red Hat, IBM, Samsung, Suse, Google, AMD, Mellanox, Microsoft, encore que ce dernier ne fait plus partie du top 10 des contributeurs. Et nous ne comptons pas ici ceux qui ont développé leur propre fork, tels que Google.

La fondation Linux précise que depuis 2005, date qui marque le passage du noyau chez Github pour gérer son versionning, 15 637 développeurs ont participé aux travaux, qui appartiennent à plus de 1 400 entreprises. Rien que sur 2016, 4 300 développeurs de 500 entreprises ont participé à cette évolution, la fondation Linux précisant que le tiers de ces contributeurs étaient de nouveaux développeurs.

Bien entendu, Linux par vocation et Linus Torvalds y veille, avec son éternel mauvais caractère, continue de fonctionner de manière démocratique, les contributeurs pouvant publier leurs mises à jour, chacune d’elles ayant demandé en 2016 une moyenne de 67 jours de travail, ce qui n’est pas négligeable, mais constant.

Parmi ces développeurs, 8,2 % sont des bénévoles, un chiffre qui cette fois baisse par rapport aux 11,8 % de 2014, ce qui tend à démontrer que la gratuité n’est pas une obligation si on travaille en mode communautaire. L’industrie du logiciel est une industrie comme une autre, qui ne peut pas éternellement se fonder sur la bonne volonté des participants, mais a aussi besoin d’argent. En tout cas, la moitié des développeurs qui ont participé aux évolutions du noyau Linux en 2016, ont été payés pour le faire. Ce qui somme toute est très sain.

Il faut aussi savoir que le « kernel » Linux fait l’objet de 8,5 correctifs par heure, soit 2014 par jour, des contributions réputées de grande qualité, bien que Linus Torvalds, éternel cerbère, contrôle régulièrement les mises à jour et ne se gêne pas, avec sa légèreté habituelle, pour faire savoir aux participants que leur code est mauvais et qu’il ne le valide pas.

Mais ainsi va la planète Linux, une immense bouilloire où chacun ajoute une pincée de sel.

Avec le risque évident d’introduire des failles, ce que s’efforcent de débusquer à la fois Linus Torvalds et le groupe Intel 0-day, qui cherchent à les détecter avant qu’elles ne soient intégrées à la version officielle du kernel.

Linus Torvalds est plus que jamais le gardien du temple Linux. Ses réparties et son mauvais caractère assumé, en font la joie des gazettes et des sites Internet. Mais jusqu’à présent personne n’a fait mieux pour garantir l’unicité et l’adaptation de son système.
Linux et le Cloud

Dans la mesure où de nombreux systèmes et applications prennent le chemin du Cloud, on peut aussi se poser la question de la présence de Linux sur ces plates-formes.

Et là nous disposons de quelques chiffres particulièrement évocateurs. D’après la Fondation Linux, cet OS est utilisé dans 90 % des instances de Cloud public, ce que confirme en partie Microsoft qui indique que 40 % des machines virtuelles implantées dans Azure, son propre Cloud, fonctionnent sous Linux. C’est en tout cas ce que confirme Brian Byrne, un vétéran de l’industrie IT, qui précise que de nombreuses distributions sont concernées, CentOS, CoreOS, Debian, Oracle Linux, Red Hat Enterprise Linux, SUSE Linux Enterprise, OpenSUSE et Ubuntu.

Ajoutez à cela que Microsoft a développé sa propre version de Linux pour administrer les ressources de son Cloud et que des bruits de plus en plus nets anticipent l’arrivée prochaine de cet OS dans le catalogue des systèmes Microsoft pour desktops et vous aurez une idée claire de ce qui se prépare.

Côté Microsoft, on pourrait penser que c’est une forme de reddition dont il s’agit, qui consacre la défaite annoncée de Windows. Peut-être, mais là n’est pas le plus important. Pas plus que vous, qui utilisez une machine Windows avec Office depuis 20 ans à votre bureau, vous êtes choqués d’utiliser une tablette ou un smartphone sous Linux. La plupart du temps vous ne vous en rendez même pas compte.

La vérité est que Microsoft a déjà tourné la page et se consacre aux installations centrales, dont Windows fait évidemment partie, avec Active Directory, Yammer, Office 365 qui sera bientôt remplacé par Teams, .NET, etc.

Linus Torvalds doit être content, car d’une certaine manière il a gagné la partie. Et peut-être cela le rendra-t-il un peu plus aimable…