Avec l’annonce de Windows Virtual Desktop, Microsoft s’oriente vers la virtualisation de son poste de travail Windows, qui devrait donc devenir un terminal, comme au « bon vieux temps » des 3270 d’IBM. C’est le sens qu’il faut donner à ce nouvel outil.

Ce ne sera pas aussi simple…

Ce n’est pas parce que Microsoft annonce un nouvel outil, significatif d’une stratégie structurante, celle des terminaux, applaudi par une bonne partie des consultants, que la partie est gagnée pour l’hôte de Redmont. Il y a de multiples raisons qui nous laissent penser qu’au contraire, ce sera plutôt l’inverse qui va se produire.

Rappelons d’abord de quoi il s’agit.

Windows Virtual Desktop est une technologie de virtualisation du « poste de travail », qui déporte dans le Cloud Azure, les fonctions habituellement exécutées en local de l’OS. C’est ce que l’on appelait autrefois un terminal, la différence étant surtout une question d’interface, les terminaux d’antan étant passifs, uniquement dédiés à l’affichage, alors que les solutions modernes ne font que déporter l’interactivité sur le Cloud ou un serveur central, sans rien changer aux fonctionnalités elles-mêmes.

En fait, la grande nouveauté ce n’est pas tant le concept lui-même, mais bien son hébergement dans le Cloud Azure. On est là dans le cadre du DaaS (Destop as a Service).

Au-delà de cette fonction de virtualisation, Microsoft propose d’intégrer le poste virtuel dans une offre globale, dite MMD (« Microsoft Managed Desktop »), qui regroupe les fonctions de Windows 10 Enterprise, Office 365, Enterprise Mobility, un pack sécurité, le tout contrôlé par Microsoft 365 Enterprise, hébergé dans Azure.

Les véritables enjeux

L’offre Microsoft est donc bien une offre centralisée, qui corrobore la stratégie de la Compagnie de Satya Nadella, énoncée depuis des années. Le fait que le poste soit virtualisé, n’étant au fond qu’un artefact parmi d’autres.

Car le véritable but que poursuit Microsoft, ce n’est pas tant de conserver la maitrise du poste de travail que de faire basculer ses clients dans une architecture centralisée Azure, la totalité du « patrimoine » devant donc être accessible de cette manière : Office 365, authentification Active Directory, Yammer (Réseau Social d’Entreprise), etc.

Pour Microsoft, l’avenir c’est le Cloud (rappelez-vous ce qu’en pensait Steve Balmer…). Il ne faut jamais oublier qu’il est n°1 mondial en termes de solutions SaaS et dépasse même AWS, toutes prestations Cloud confondues (21 milliards $ contre 17 milliards $ à AWS).

Ca c’est l’équation à résoudre.

Si l’on se concentre sur la virtualisation de Windows, il subsiste un certain nombre de points qui vont poser souci à Microsoft et à ses clients.

D’abord, ce n’est pas la première fois que Microsoft cherche à virtualiser ses postes de travail. Il propose depuis vingt ans une solution de terminaux en ligne, qui avec le temps s’est étoffée et surtout harmonisée avec le partenaire privilégié qu’est Citrix. Avec le sentiment que Microsoft a toujours pris grand soin de ne pas s’opposer à lui, tant sur la « spécialité » de Citrix du déport d’interface graphique, que sur le véritable terminal virtualisé en technologie VDI (technologie RDS).

Microsoft avait d’ailleurs fait savoir en 2017 qu’il préconiserait les solutions Citrix, plutôt que les siennes…

D’où un certain flottement chez les clients qui ne comprenaient pas bien où Microsoft voulait en venir…

L’autre problème vient de ce que le VDI Microsoft n’a jamais été une réussite commerciale. Bien que les DSI soient convaincus qu’il n’y a pas de meilleure solution qu’un parc de terminaux pour garantir la continuité de service et se protéger contre les attaques multiples, dans les faits la solution n’a guère dépassé les 10 à 15 % du parc de postes Windows, ce qui est très faible, compte tenu du monopole qu’exerce Microsoft sur le marché.

La raison de ce « désamour » n’est pas technique, car elle fonctionne remarquablement bien, mais bien le ressenti des usagers… qui ne veulent pas d’un terminal et se sentent dépossédés de leur Office, navigateur et applications, dès qu’on leur parle de VDI.

Et on ne voit pas pourquoi, il en serait autrement aujourd’hui, sous prétexte que l’hébergeur n’est plus le serveur des clients, mais Azure.

Nous n’y croyons pas.

 

Virtual Desktop ne devrait pas avoir plus de succès que VDI sur un serveur local. Les clients n’ont jamais été convaincus et rien ne prouve que l’intégration avec Office 365 et les packs mobilité et sécurité, change quoi que ce soit à la donne. Mais ce que ne parviendra pas à faire Windows, Linux le fera…

Montée en puissance de Linux

L’autre raison qui nous fait douter du succès du DaaS Windows tient à la montée en puissance de Linux et du déferlement des mobiles.

Sur ce créneau, Microsoft est totalement inexistant et il vient d’ailleurs d’abandonner la version mobile de Windows 10, suggérant à ses clients d’aller voir chez Android et IoS, si l’herbe n’est pas plus verte…

L’avenir en tant qu’OS du poste de travail, ce n’est pas Windows, mais bien Linux. Non pas sur les versions desktop où Windows continuera de régner en maître, pendant quelques années, mais sur les smartphones et tablettes, pour lesquels il représente plus de 90 % du marché.

Du fait de l’explosion de la mobilité, le marché va se « linuxer » et Windows réduit à la portion congrue. Phénomène qui s’accompagnera d’un usage quasi-systématique du Cloud, Azure ou un autre. De sorte que ce n’aura pas réussi à faire Windows, Linux le fera.

Seul Chrome OS pourrait déroger à ce schéma. Qui n’est pas remplacé pour l’instant par Linux et pour lequel Google veille à ce qu’il accueille de plus en plus d’applications Windows et Android.

Histoire de ménager la chèvre et le chou.

Mais là, on n’est plus tout à fait dans le monde professionnel…