Après avoir suscité beaucoup d’espoirs dans la guerre contre les processeurs RISC, au début des années 2000, le jeu d’instructions et l’architecture IA-64 d’Intel (EPIC) vit ses derniers moments. Le fondeur vient d’annoncer le dernier modèle de la gamme, Itanium 9700. Clap de fin donc pour une aventure qui aura duré près de 15 ans.

Au début des années 2000, la course à la performance des serveurs s’était focalisée sur un affrontement entre 3 solutions :

  • les processeurs RISC Sparc de Sun, HP Precision ou Power d’IBM
  • les extensions apportées au jeu d’instructions x86 par AMD sur l’Athlon 64
  • Intel faisant le choix d’une architecture totalement différente, nativement 64 bits, le fondeur de Santa Clara estimant que le jeu x86 tel qu’il existait constituerait à terme un handicap pour les grosses configurations.

Ce qui au fond pouvait se symboliser par une alternative : des jeux d’instructions très complets (CISC) en 64 bits, AMD ou Itanium ou des jeux d’instructions réduits (RISC), même si le « Graal » d’une exécution de chaque instruction en un seul cycle d’horloge, avait été abandonnée depuis longtemps.

Intel estimant dans ce contexte qu’il avait les armes et la technologie pour imposer une technologie de rupture, alors qu’AMD était plus prudent, qui jouait la continuité.

Fiasco de l’Itanium

En fait rien ne s’est passé comme Intel l’avait prévu, Itanium se traduisant par le plus gros fiasco, jamais enregistré depuis ses débuts à la fin des années 60.

Avec le recul, nous en comprenons mieux les raisons.

La première est que pour faire accepter un tel scénario de rupture et orienter les intégrateurs vers l’Itanium, il aurait fallu que l’architecture leur fasse faire un véritable bond en avant, en performances et en fonctionnalités.

Ce qui n’a pas été le cas, Itanium montrant par ailleurs des insuffisances notoires : une consommation électrique inattendue, de grosses difficultés pour maîtriser les processus de fabrication, y compris chez le partenaire historique HP, ce qui a entraîné des retards considérables, dans le même temps où AMD progressait « tranquillement » et que la gamme RISC tissait des liens imprescriptibles avec les intégrateurs Unix, au point de devenir synonymes de cet OS.

Le fait aussi qu’Oracle ait décidé de retirer sa base de données en 2011 et que Microsoft ait arrêté le support de Windows Server sur IA-64, n’ayant évidemment pas contribué à assainir la situation.

Malgré sa maîtrise industrielle, Intel n’aura pas eu le poids suffisant pour imposer son architecture IA-64 EPIC.
Pourquoi avoir tant attendu ?

En réalité, Itanium est mort depuis 2010. Et les 7 années qui viennent de s’écouler n’ont fait que prolonger artificiellement le coma profond dans lequel s’est trouvé IA-64.

Aurait-il fallu arrêter plus tôt l’aventure et orienter les clients vers les nouveaux x86, qui avaient été dotés entre temps de fonctionnalités très intéressantes en termes de tolérances de fautes et de sécurité, par exemple ? Ce qu’Intel a d’ailleurs fait, mais sans doute trop mollement, ce qui a laissé les intégrateurs et les clients dans un SAS d’attente, qui manquait pour le moins de perspectives.

Depuis quelques jours, la situation a évolué.

D’abord, Intel a annoncé un moteur x86 surpuissant, construit sur l’architecture Skylake avec 28 cœurs, capable de dialoguer avec des puces NVM, fabriquées en technologie 3DX Point, dont Intel est l’un des 2 spécialistes reconnus, avec Micron.

C’est d’ailleurs ce système qui est au cœur du nouveau serveur Dell PowerEdge Gen14, dont nous avons récemment salué l’arrivée (ici).

Pour ce qui est des Itanium, le dernier modèle sera le 9700, un haut de gamme qui va prolonger le sursis pour certains intégrateurs, qui n’ont pas encore franchi le « Rubicon ».

Il n’y a cependant pas « le feu au lac » et HP a déjà précisé qu’il maintiendrait ses serveurs Itanium jusqu’en 2025 et qu’il publiera une mise à jour de son OS HP-UX dès le mois prochain.

L’incertitude demeure

Intel continue d’avoir les yeux plus gros que le ventre. Plutôt que d’adopter comme IBM, des architectures plus simples, mais très performantes avec des jeux d’instructions limités à un usage déterminé, Intel veut que ses futurs Xeon soient capables de traiter toutes les problématiques avancées. Ce qu’il ne saura pas faire.

Après l’échec d’Itanium, Intel doit donc s’attendre à souffrir sur Xeon, de nombreux intégrateurs préférant toujours l’architecture RISC, pour ses très hautes performances et la tolérance aux fautes.

Au point que certains intégrateurs se posent même la question de la pérennité de x86.

Une attitude « gourmande » qui risque de lui coûter cher, mais qui rejoint dans l’absolu celle qu’il a toujours eue, en voulant absolument conserver « at home » la totalité du processus de réalisation de ses puces, depuis la conception logique jusqu’à la fabrication proprement dite. Ce qui lui a coûté le marché des mobiles, « mangé » par ARM et le fera exploser sur celui des capteurs.

Intel ressemble beaucoup à Sun. C’est une compagnie d’ingénieurs et de technologues. L’échec d’Itanium et ses atermoiements depuis 10 ans, montrent bien que n’est plus suffisant aujourd’hui.

ARM l’a démontré. Mais la leçon n’a pas été retenue.