Selon le Wall Street Journal, généralement bien informé, le britannique ARM, n°1 des concepteurs de processeurs pour smartphones et tablettes, serait sur le point d’être vendu au japonais Softbank, pour la somme de 24,3 milliards de Livres, soit 32 milliards $ environ. Ce qui représenterait un bonus de 43 cents par action, à la clôture du 15 juillet.

Que faut-il penser de cette … déflagration

Que c’est sans doute la pire chose qui pouvait arriver à ARM et d’une manière générale à l’industrie des microprocesseurs, aussi bien pour mobiles que micro-serveurs et serveurs de haut de gamme.

  • D’abord cela confirme que le BREXIT (sortie du Royaume Uni de l’Union Européenne) va avoir des conséquences pour certaines Compagnies, même si globalement il ne devrait pas empêcher la planète de tourner dans le bon sens.
  • ARM à Londres, ce n’est pas pareil qu’ARM filiale de Softbank à Tokyo. Et Philip Hammond, nouveau Chancelier de l’Echiquier du gouvernement de Thérèse May, devrait être beaucoup plus prudent quand il affirme que cette fusion va doubler les « jobs » d’ARM sur le territoire britannique, dans les 5 ans à venir. Grosse illusion, dont les électeurs anglais pourraient un jour se rappeler…
  • Cela va ensuite briser l’élan d’ARM qui jusqu’alors semblait irrésistible et si quelqu’un doit se frotter les mains, c’est bien Intel ou AMD, voire Qualcom et les autres fondeurs qui tentent de s’imposer sur le marché des objets. Car n’oublions pas qu’ARM ne fabrique rien. Il conçoit des jeux d’instructions, suggère des moyens pour les mettre en œuvre (architectures de fabrication), mais fait confiance à près de 1000 sous-traitants dans le monde, pour fabriquer physiquement les processeurs. Et on voit mal Softbank apporter une aide décisive dans ce domaine.
  • Ce rachat apparaît aussi comme une simple opération financière. Extrêmement risquée, car ARM est valorisé dans cet achat à 24 fois le chiffre d’affaires qu’il a réalisé en 2015, ce qui n’est pas sans rappeler quelques opérations hasardeuses, voire délirantes, du temps de la fameuse bulle Internet des années 2000.
  • Quant à la motivation d’effectuer cet achat justement maintenant, elle est toute simple : la Livre britannique a perdu près de 30% par rapport au Yen japonais, qui lui, ne s’est déprécié que de 11 %. Il y a donc un écart de 20 %, soit près de 4 milliards $, que Softbank n’aura pas à débourser. Il fallait donc se décider très vite, ce qui a été fait.
  • Softbank, en plus, est à l’image de certaines grandes Compagnies japonaises : elles sont présentes partout où il y a de l’argent à gagner et s’il fallait racheter pour cela une Compagnie leader mondial dans la fabrication des préservatifs, elle le ferait.
  • Car Softbank c’est quoi au juste :
    • c’est d’abord 140 interventions financières depuis 10 ans, dans des domaines très variés, pour 82 milliards $ d’investissements
    • c’est le rachat de Yahoo Japan, le moteur japonais le plus populaire, loin devant Google
    • c’est aussi Alibaba pour 20 milliards $ en 2000, valorisé aujourd’hui à 65 milliards
    • c’est encore la branche japonaise de Vodafone, achetée pour 15 milliards $ en 2006, mais aussi 77 % de Sprint Nextel (22 milliards $)
    • ce sont encore des investissements dans des startups qui sont censées « faire de l’argent » à court terme, telles que Didi Chuxing, l’application mobile chinoise concurrente d’Uber
  • personne ne nie que Softbank, qui par le passé, fut le propriétaire des célèbres Comdex, salons informatiques, dont le plus connu était le « Fall » de las Vegas, ait la capacité de faire fructifier un capital financier
  • mais ce qui lui manque, comme à tous les groupes du même genre et fonds de pension divers, qui ne recherchent qu’une chose, faire fructifier leurs investissements, c’est une logique industrielle et une stratégie sur le long terme
  • manifestement, l’opération ARM, si elle se concrétise, sera une conséquence financière du BREXIT, mais pas le résultat d’une acquisition opportune industrielle, qui s’appuierait sur une logique de complémentarité ou d’acquisition d’une technologie manquante. Ce qui ne devrait pas rassurer la Compagnie britannique, ni ses intégrateurs.
  • Il sera d’ailleurs intéressant de voir comment l’action Intel et celle des spécialistes IoT vont évoluer, plus que celle d’ARM, qui témoigneront de la réalité industrielle telle que la perçoit le microcosme des fabricants de microprocesseurs

De toute façon, quelle que soit la manière dont on l’analyse, cette acquisition semble exorbitante. Ce qui n’étonnera personne quand on connaît Masayoshi Son, chairman du groupe japonais, un ancien de Berkeley, qui n’est décidément pas à une folie près…