Microsoft et Facebook se sont associés pour installer une liaison fibre optique à très haut débit entre l’Europe et les Etats-Unis. Les travaux sont terminés, menés par l’espagnol Telxius et dès le début 2018, les usagers des deux continents vont pouvoir emprunter cette autoroute, prouvant une fois de plus que l’avenir est aux communications et pas uniquement à la concentration des moyens de traitement.

Le projet Marea (marée en espagnol) qui vient d’aboutir à la mise en œuvre d’un câble sous-marin exploité par Microsoft et Facebook, n’est pas le premier du genre. Plus de 300 câbles de ce type ont été déposés au fond des océans, Google avec sa liaison Etats-Unis / Japon inaugurée en juin 2016, de 9 000 km avec 60 Tbps de débit, étant sans doute le plus emblématique (projet Faster).

Alcatel Lucent s’était fait pour sa part une spécialité dans ce type d’opération et a posé bon an mal an, l’équivalent de 50 000 km de câbles optiques sur toute la planète.

Pour ce qui est de Marea, tous les records sont battus. Celui du débit surtout, puisque Marea peut supporter 160 Tb/sec (et non pas 160 TB/sec comme on a pu le voir parfois), soit l’équivalent de 71 millions de vidéos transmises simultanément.

Pour ce qui nous concerne nous préférons une autre référence. Car Marea à 160 Tbps dépasse de loin (40 %) le débit total cumulé  d’un continent comme l’Afrique, évalué grâce aux fibres optiques d’Alcatel et de quelques opérateurs, à 126 Tbps.

Marea relie Williamsburg en Virginie aux Etats-Unis à Bilbao au pays basque espagnol, soit 6 600 km, avec des câbles déposés jusqu’à 5 000 m de profondeur (des câbles gainés de cuivre et donc flexibles, emportant chacun des milliers de fibres optiques).

On vous laisse imaginer toute la logistique que ce type de projet implique, les requins ayant parfois la fantaisie de vouloir goûter à ce qui leur semble être une friandise.

La pose des câbles optiques au fond des océans nécessite une logistique que seuls les grands opérateurs mondiaux ou les gouvernements peuvent se permettre…
Une vieille idée de Bill Gates

Ce n’est pas la première fois que Microsoft a une idée de ce type (IBM avait eu la même). Déjà dans le passé, avec Télédésic, Bill Gates avait eu l’ambition de lancer 840 satellites en basse altitude (1 200 km), pour se rendre maître du maillon manquant de son échiquier, les communications. Télédésic n’a pas été très loin, du fait des coûts exorbitants que les lancements induisaient, mais l’idée n’avait pas été abandonnée pour autant. Sauf que cette fois, ce ne sont plus des satellites dont il s’agit, mais de câbles optiques sous-marins.

Ces projets répondent à un constat simple, celui que l’essentiel des communications data et téléphonie passent déjà par des câbles de ce type, mais que du fait du développement du Cloud, Azure chez Microsoft, leur bande passante est devenue insuffisante et risque de « gripper » toute la mécanique. Surtout pour les liaisons atlantiques, les câbles dédiés transportant déjà 55 % de données de plus que les câbles transpacifiques. Il y avait urgence.

Stratégiquement, Microsoft et Facebook n’ont pas non plus le choix. S’ils veulent progresser Cloud, ils se doivent impérativement de disposer des moyens de leur ambition, le câble optique étant la meilleure solution pour y parvenir.

La course à la… dépendance

Les européens, si prompts à brandir l’étendard de l’indépendance vis-à-vis des GAFA et autres IBM et conglomérats chinois, devraient toutefois faire attention. Car en mariant Cloud avec les moyens de communication « privés » du type de ceux dont disposent maintenant Facebook et Microsoft, mais aussi Google, ils ne font au contraire qu’accentuer leur dépendance vis-à-vis des infrastructures nord-américaines.

Ils pourront ensuite difficilement réclamer la part du gâteau qu’ils jugent légitime, dans la mesure où ils n’auront pas participé aux fondations.

C’est l’éternel problème. Et d’une certaine manière, les britanniques, malgré le Brexit, s’en sortent mieux qui voient déjà plus de 200 câbles sous-marins aboutir à leurs côtes. La Grande-Bretagne devenant ainsi une sorte de plaque tournante des communications mondiales, position qui deviendra essentielle dans les années à venir.