La finalité de la Blockchain est de garantir la vérité en se fondant non pas sur les informations contenues dans un serveur, mais par celles détenues par toute une communauté. La santé et un domaine qui pourrait (devrait) en bénéficier.

Les obstacles de la e-santé

La e-santé regroupe toutes les techniques Internet qui permettent ou permettraient de traiter la totalité de la chaîne médicale, depuis l’analyse, le diagnostic, le traitement, jusqu’au suivi des patients.

On voit bien que sous différents aspects, cette chaîne est en pleine transformation, qui commence à faire la part belle aux techniques informatiques. Y compris pour les actes chirurgicaux, pour lesquels les robots apportent une aide concrète, d’une très grande précision.

Il subsiste cependant un domaine qui est mal pris en compte, celui des données sur lesquelles appuyer cette chaîne, un peu comme une banque qui ne serait pas sûre de la qualité et de la fiabilité de ses données clients.

Dans le domaine de la e-santé, le problème est aggravé par le fait que dans de nombreux pays, les données médicales sont protégées, considérées comme ultra confidentielles et qu’il est hors de question de les constituer en dossier individuel.

Il y a eu de nombreuses tentatives pour rationaliser ce dossier santé, mais la législation n’étant pas la même selon les pays, avec des administrations plus ou moins « chatouilleuses », il n’y a pas un dossier mais N dossiers, avec des contenus différents et plus ou moins cohérents.

Sur le fond, cette situation est ubuesque et n’a aucun sens.

Car ce qui compte c’est de donner les moyens au corps médical de soigner un individu, pas de cacher qu’il a eu la scarlatine quand il avait douze ans.

On connaît bien les arguments des anti-dossier médical, fondés essentiellement sur la discrimination que l’on pourrait pratiquer, si on était averti de son contenu. Arguments que l’on peut recevoir, mais qui ne tiennent pas devant les immenses avantages que procurerait une gestion saine et fiable des données des patients.

La Blockchain entre en scène

C’est là qu’une technique comme la Blockchain entre en scène. Et ce dans plusieurs domaines. Celui de la pharmacologie tout d’abord. Avec un référentiel exact des médicaments prescriptibles par le corps médical et leur situation légale dans les pays concernés. Avec un fichier historique des médicaments prescripts pour chaque patient, de manière à pouvoir tracer les incompatibilités éventuelles, mais aussi les hypocondriaques qui se constituent des stocks de médicaments, pour le cas où…

Ce référentiel pharmaceutique serait tenu (minage) par les professionnels et on pourrait très bien imaginer des extensions internationales, qui auraient l’avantage d’harmoniser un domaine qui ne l’est pas aujourd’hui.

Comme pour le grand livre, l’information contenue dans ce référentiel ne pourrait pas être galvaudée, car les blockchains des partenaires rétabliraient la vérité immédiatement.

Le même raisonnement peut être fait sur l’historique médical des patients, avec un autre référentiel, géré cette fois par les hôpitaux et médecins libéraux, pour les pays qui en ont, chaque patient étant « tracé », avec la chronologie exacte de son histoire médicale et les différentes thérapeutiques qu’il aura suivies. Là encore, si un individu voulait trafiquer le contenu d’une blockchain, la vérité serait automatiquement rétablie par le minage des prestataires.

Prenons un exemple concret.

Le Québec, qui n’est pas en retard sur ce sujet, a décidé il y a quelques années de concentrer les données liées aux dons du sang, de 96 instances Oracle, sur une seule. Pour des raisons de sécurité évidemment. Projet réussi.

De notre point de vue, il serait pourtant plus sage aujourd’hui de transférer les données ultra-sensibles de cette base (Sida, hépatites…) dans une Blockchain, gérée par les intervenants, hôpitaux, ministère de la santé et laboratoires, qui en garantiraient la confidentialité et l’exactitude du contenu.

Ce qu’il n’est pas possible de faire avec une base de données, que l’on peut toujours pirater, si on s’en donne les moyens.

On pourrait ainsi étendre la connaissance médicale à tous les domaines, la récupération de données issues de capteurs, par exemple, que l’on pourrait consolider et filtrer, pour ne garder que l’essentiel, mais là on est dans un créneau en pleine mutation et le « corps » médical n’est pas prêt à faire le grand saut.

L’usage de la Blockchain dans le domaine de la santé n’est plus qu’une question de temps. Nécessaire pour convaincre le milieu médical de la fiabilité algorithmique de la mécanique et de son intérêt opérationnel. De nombreux chercheurs sont déjà sur le sujet et les premières réalisations commencent à apparaître.

 

La législation doit suivre

Techniquement, avec l’arrivée prochaine d’API adaptées, car ce n’est pas encore tout à fait le cas, on peut imaginer que l’usage de la Blockchain dans le domaine de la santé, n’est plus qu’une question de temps. D’autant que les GAFA et quelques grands acteurs comme Microsoft et surtout IBM, s’intéressent de près au sujet.

Ce qui risque de poser problème, ce sont les cadres légaux des pays, qui sont pour la plupart fondés sur une médecine du 20 ème siècle, pas du 21 ème.

Il subsiste une réticence latente dans de nombreux pays, qui va faire obstacle à son développement.

De sorte qu’il faudra d’abord changer la mentalité du corps médical mais aussi des personnes, avant de se lancer dans l’étape suivante.

Mais tout cela n’est qu’une question de temps. L’algorithmique de Blockchain est la seule aujourd’hui, qui aborde le problème de la « vérité » par le bon bout. On pourra certes toujours violer la confidentialité d’une chaîne, mais certainement pas d’en modifier la « vérité ».

C’est entre ces deux risques que nous allons devoir choisir.