On peut apprécier on non, mais ce qui est sûr c’est que le monde des monnaies cryptographiques et des algorithmes qui les font « vivre », intéressent de plus en plus les utilisateurs et la communauté financière. Ce qui ajouté à d’autres évolutions telles que les Fintech, fait penser que nous sommes probablement à l’orée d’une nouvelle ère dans les mécanismes d’échanges financiers, les monnaies n’étant que l’un de leurs aspects.

Rien qu’en regardant ce qui s’est passé ces dernières semaines, on aura noté tout d’abord l’incroyable réussite de l’ICO Bancor, le très gros développement des ressources Blockchain chez IBM et Microsoft et une seule ombre au tableau et encore ce n’en est pas vraiment une, les difficultés du consortium bancaire R3 autour du Blockchain.

Commençons par le plus étonnant.

Autrement dit la levée de fonds effectuée par la Bancor Foundation, une structure israélienne, à l’origine de la technologie Bancor.

Il s’agit d’une architecture toute nouvelle, qu’il faut considérer comme une sorte de place de marché, susceptible de servir d’intermédiaire à n’importe quelle transaction financière effectuée avec des monnaies cryptographiques ou non. On peut même acheter des dollars US avec des bitcoins, voire de l’or avec des bitcoins. Bancor est fondé sur des « smart tokens », qui servent de monnaie intermédiaire, les opérations étant conduites dans le cadre de « smart contracts » (Ethereum).

Ceux qui ont lu les travaux de John Keynes, écrits il y a plus de 60 ans, reconnaîtront le rêve de cet économiste très en avance sur son temps, qui imaginait déjà une monnaie supranationale, capable de se positionner au-dessus des monnaies traditionnelles et d’une certaine manière de leurs banques centrales et de protéger les institutions et les pays les plus fragiles.

Or que vient de faire la « Bancor Foundation », ni plus ni moins que le « casse » du siècle, plus précisément la levée de fonds la plus importante de 153 millions $ jamais effectuée par une ICO (Initial Coin Offering), sorte d’intermédiaire entre l’IPO ou introduction en Bourse classique et le Crowdfunding, cher aux économies numériques modernes.

Bien ou pas bien, c’est quand même un signe.

D’autant que l’opération ne s’est pas effectuée dans les meilleures conditions. Car de la même manière que le Projet « The DAO » qui avait atteint 150 millions $ de cette façon, la « Bancor Foundation » a fait l’objet de violentes attaques cybercriminelles, ce qui a entraîné des retards dans la conclusion des transactions et la limitation à 3 heures, de la durée de l’ICO.

Nous reviendrons très en détail sur ces Bancors, car comme la Blockchain, nous pensons qu’ils peuvent sinon révolutionner l’activité financière, du moins lui donner un « sacré » coup de vieux.

Microsoft a été l’un des premiers, avec IBM, à croire à la faisabilité d’un service Blockchain sur le Cloud. Comme toujours il s’associe à de nombreux partenaires pour le pérenniser et propose 2 options : clés en mains ou plate-forme de développement.
Les grands éditeurs convaincus par la Blockchain

On rappelle que la technologie Blockchain a pour objet de valider une « vérité », un compte courant, un « curriculum vitae », un grand livre comptable ou la preuve de possession d’un bien immobilier (entre autres), non pas par une institution unique, mais par une communauté. Chaque participant de la communauté détenant cette « vérité », mise à jour par une technique de hash, pas évidente à comprendre, mais qui est au coeur de la méthode.

Ce qui est vraiment nouveau, c’est le fait que les grands éditeurs ont choisi de développer des solutions de Blockchain dans le Cloud, mises à disposition des utilisateurs tentés par l’expérience.

Chez IBM, la technologie Blockchain est supportée dans le Cloud Bluemix depuis près de 2 ans. Mais depuis quelques mois, la compagnie l’a restructurée autour du projet Open Source Hyperledger Fabric de la fondation Linux, susceptible d’après Big Blue de supporter un trafic de 1 000 transactions par seconde. Et autour de ce cœur algorithmique, IBM a mis en place toute une gamme d’outils, pour aider les entreprises à configurer et suivre leurs propres implémentations, les règles pour les administrateurs, l’attribution des rôles aux différents acteurs et des outils de gouvernance.

Parallèlement, IBM propose aux développeurs d’utiliser sa « Fabric Composer », une plate-forme pour fabriquer des API dédiées aux mécanismes de Blockchain, histoire de faciliter les liens avec les métiers.

Chez Microsoft, on est un peu dans la même approche, avec un « Azure as a Service »  qui comporte 2 volets :

  • le premier pour les entreprises qui veulent acquérir de l’expérience dans ce domaine et pour cela, Microsoft leur propose des solutions clés en mains dans « Azure Marketplace », qui ne nécessitent pas de développements spécifiques
  • le second qui, cette fois, s’adresse précisément aux développeurs, avec des « Dev Test Labs » et des outils intégrés à Visual Studio, pour développer des applications Blockchain. C’est le cas du langage Solidity de la communauté Ethereum, pour mettre en place ses fameux « smart contracts ».
  • histoire de ne pas être seul et selon ses bonnes vieilles habitudes, Microsoft a multiplié les partenariats avec des prestataires tiers susceptibles d’apporter de la valeur ajoutée à ses initiatives : Alphapoint, Augur, BigChaindb, BitPay, BitShares, CoinPrims, Emercoin, Ethereum, Eris, Flacom, Hyperledger, LibraTsx, Lisk, Manifold, Ripple, Slock.it, Stori, Strato, Syscoin, Tendermint, tous accessibles bien sûr dans le Market Place d’Azure.

On n’oubliera pas non plus de mettre au crédit de Microsoft son projet Bletchley, qui propose un cadre générique pour faire évoluer la technologie Blockchain vers le 3.0, Bitcoin étant considéré comme la 1.0 et les « Smart Contracts » d’Ethereum comme la 2.0.

2 fois le chiffre d’affaires de Microsoft

Selon le Gartner, la technologie du Blockchain devrait générer un chiffre d’affaires de 176 milliards $ d’ici 2025 et ce, dans des domaines très variés, comme la finance, la logistique industrielle, la santé, les industries manufacturières, etc. Même si le Gartner est souvent très (trop) optimiste, voilà quand même de quoi attiser quelques convoitises. Chiffre qui représente environ le double du CA de Microsoft en 2017 et près de 20 fois celui de l’impression 3D, dont pourtant on ne fait que parler…

Le forum R3 qui regroupe 70 des institutions financières les plus prestigieuses de la planète, a des problèmes et ses membres quittent le navire les uns après les autres…

Tout n’est cependant pas rose…

Petit nuage dans le ciel bleu de la Blockchain, il y a quand même quelques échecs, mais qui, si on les analyse bien, ont plutôt tendance à renforcer la crédibilité de la Blockchain.

Parmi eux, celui inévitable du consortium R3, une sorte de forum qui regroupe près de 70 grands noms du monde financier et qui vient de perdre 4 de ses banques les plus prestigieuses : Morgan Stanley, la Banque Nationale Australienne, Santander et Goldman Sachs.

Les raisons de cette hémorragie qui ne devrait pas s’arrêter là, sont diverses : des coûts trop élevés pour participer et bénéficier des initiatives du forum, les coûts de gouvernance, mais aussi des points de vue différents sur le portage de la plate-forme Corda en Open Source.

Nous pensons cependant qu’il y a 2 autres vraies raisons à ces départs :

  • le fait que les travaux du forum n’avancent pas aussi vite qu’ils le devraient, surtout face aux annonces permanentes qui témoignent de l’activité Blockchain dans le monde
  • et l’impossible péréquation qui consiste à mettre d’accord de grands noms de la Banque et leur faire oublier qu’ils ne sont pas là pour imposer leurs points de vues, comme ils le feraient dans leurs conseils d’administration, mais au contraire de partager pour le bien de tous…y compris des concurrents. Ce qui est évidemment difficile à avaler.

Ce qui d’une certaine manière renforce le concept de Blockchain, aucune banque ne voulant laisser l’initiative à l’un de ses concurrents, l’objectif n’étant pas de pérenniser le concept, mais de faire de l’argent. Il ne faut pas confondre…

Ce qui prouve qu’à défaut d’y croire « mordicus », elles craignent les conséquences de la Blockchain.