Sans doute conscient de ce qu’il n’a pas fait preuve de beaucoup d’imagination lors de ces dernières années (NoSQL, mobiles), Oracle vient de faire une annonce importante, qui pourrait bien faire bouger les lignes en matière d’administration des grosses bases de données relationnelles.

Cette annonce, qui a été faite par Larry Ellison lui-même lors du tout récent Open World, la grand-messe d’Oracle, porte sur une base dite « Autonomous Database Cloud », fondée sur un nouveau moteur SGBD, Oracle 18c.

La grande nouveauté c’est qu’ « a priori », elle ne devrait pas nécessiter l’assistance d’un DBA pour son administration courante, le DBA étant remplacé par des mécanismes de e-learning et donc d’intelligence artificielle.

Dans cette base, tout ou presque est automatisé, l’administration courante souvent très technique, l’application des correctifs de sécurité, par exemple. Mais pas seulement, car selon Larry Ellison, elle est susceptible de réagir de manière quasi-instantanée à n’importe quel type d’attaque, grâce à son système d’auto-défense « cognitif » et peut prétendre à un taux de disponibilité annuel de 99,995 %, soit une demi-heure environ d’indisponibilité.

Mais le système va plus loin encore, puisqu’il réagit automatiquement aux variations de conditions d’exploitation, en adaptant le volume de stockage et les capacités de traitement du moteur SGBD, en cas d’augmentation brutale du trafic transactionnel d’afflux de données à traiter dans un contexte de Big Data (les capteurs ne sont pas loin…).

Le DBA est-il en danger ?

De toute évidence, oui.

Certes il ne sera pas remplacé tout de suite, mais le ver est dans le fruit, d’autant que cette évolution est tout à fait logique, que nous avons prédite à maintes reprises et qu’elle est inéuctable.

L’idée de base est que depuis 30 ans, les DBA font un travail qui en fait ne concerne pas l’entreprise qui les emploie. Administrer techniquement une base de données, c’est une tâche qui incombe au « fabricant » de la base, de la même manière que quand vous faites des révisions sur votre voiture, vous ne l’amenez pas chez votre beau-frère… Chacun son métier.

Nous avons toujours dit que les utilisateurs ont pris à leur charge des tâches extérieures à leur cœur de métier, mais que cela ne durerait pas.

L’annonce d’Oracle va tout à fait dans ce sens, qui permettra aux actuels DBA – c’est en tout cas ce que dit Larry Ellison – de se consacrer à d’autres travaux tels que la modélisation conceptuelle de la base (il va falloir qu’ils apprennent Merise), de s’intéresser de plus près aux mécanismes de reprise en cas de sinistre, etc.

En fait, leurs préoccupations vont monter d’un cran et se rapprocher de ce qui effectivement est dans le focus de leur entreprise, plus fonctionnelles que techniques, car même la description logique des bases de données, nous semble hors de leur périmètre d’intervention et finira par leur échapper.

C’est en tout cas la première fois, qu’un acteur majeur comme Oracle se prononce dans ce sens, qui met aussi l’accent de plus en plus sur des prestations de Cloud, bien qu’Oracle 18c soit disponible également en mode « on premise ».

Quant aux DBA, s’il n’y a pas péril en la demeure, mais nous ne saurions trop leur conseiller d’alerter les Ressources Humaines sur les évolutions de leur métier ou chercher chez IBM, Oracle, Microsoft et quelques autres, s’il n’y aurait pas des postes de DBA à pourvoir…

Oracle 18c est une annonce très importante, qui va toucher autant à la mécanique des SGBD qu’à leur administration. Pour la première fois, des mécanismes d’intelligence artificielle lui sont associés, qui lui confèrent une certaine autonomie en termes d’administration et d’ « auto-scalability », autrement dit d’adaptation aux conditions ponctuelles de production, sans passer par un DBA.
Une (mauvaise) réputation à combattre

Oracle a toujours eu la réputation d’être un fournisseur très (trop) cher. L’image véhiculée par l’éditeur étant qu’il s’est largement moqué de ses clients, qu’il a pris trop souvent pour des « vaches à lait ».

De sorte que dans le même temps, Larry Ellison en profite pour essayer de démontrer que cette réputation n’est plus justifiée, si on compare sa base autonome 18c, à celui qu’il considère comme son principal concurrent, AWS et sa base relationnelle RDS. Selon Ellison, le coût d’usage de RDS serait 8 fois plus élevé que le sien, à traitements identiques. Une comparaison qu’il conviendra de vérifier de plus près, car on peut faire dire n’importe quoi aux chiffres, une vérité et son contraire.

Ce qui est sûr, c’est qu’après avoir subi les foudres des DSI pour des coûts trop élevés, calculés au processeur et non pas à la machine, une pratique qui a fait « boule de neige » chez d’autres prestataires tels que Microsoft, le paysage pourrait changer, Oracle ne voulant plus être systématiquement éliminé dès que l’on parle finances.

Les conséquences concrètes

La nouvelle base est donc fondée sur Oracle 18c. La version datawarehouse du  SGBD sera disponible en décembre 2017 et la version transactionnelle en juin 2018.

Concrètement elle ne devrait pas avoir de conséquences directes sur les applications actuelles qui continueront pendant longtemps à tourner sur leur propre SGBD. Et on ne parle évidemment pas encore de migration.

Par contre, pour de nouvelles applications transactionnelles et d’analyses multi-dimensionnelles, l’option Oracle 18c pourrait très bien être envisagée. Avec un cheminement qui semble tout tracé : un POC sur le Cloud pour tester les capacités d’auto-administration du SGBD et ses performances, avant de passer à de véritables projets concrets.

Chez LeMarson, après quelques discussions pour le moins « agitées », nous avons fini par nous mettre d’accord et admettre que l’annonce de Larry Ellison est effectivement une date très importante, qui trace la voie à une nouvelle génération de systèmes de bases de données. Rien que cela…